Faux et usage de faux

L’exposition sur « l’Âge du faux » au Musée du Laténium de Neuchâtel était une bonne occasion de revenir sur le sujet du faux en Préhistoire.

Aujourd’hui, avec Internet, on a coutume de dire qu’il n’y a plus rien de rare car tout se trouve à portée de clic. C’est vrai, mais c’est aussi le grand bazar pour celui qui cherche à acquérir des objets préhistoriques et on trouve beaucoup de faux, de copies ou d’escroqueries.

Ce phénomène s’explique facilement :

  • La demande est forte,
  • Les prix augmentent pour les pièces d’exception,
  • L’internet facilite la relation entre vendeurs et acheteurs,
  • La Loi encadre fortement la recherche archéologique,
  • La Loi interdit la prospection sur les sites archéologiques,
  • La Loi interdit le commerce d’objets archéologiques découverts après 1941,
  • L’offre de qualité est rare.

Cela dit, le ramassage occasionnel reste toléré mais il ne devient utile que si sa découverte est répertoriée auprès d’un Service Régional d’Archéologie.

Sothebys

On peut imaginer que les silex sont à l’abri de cette inflation, d’autant qu’ils s’en ramassent chaque année des centaines en prospection. Mais, pour celui qui cherche une pièce d’exception (une lame de poignard du Pressigny par exemple), la probabilité de tomber sur un faux sera bien plus importante que pour l’achat d’une simple lame en silex classique retouchée.

Pour illustrer cette industrie du faux, il y a une anecdote savoureuse. En 1999, des touristes Belges se baignent dans la Creuse à Barrou (Indre-et-Loire) et tombent sur une centaine de silex taillés. Ils les montrent à des archéologues qui n’en reviennent pas.

Ce sont des bifaces, des haches, des pics, des tranchets, des lames de poignards taillées tout récemment (bords vifs, esquilles visibles…) et déposés sur le fond d’un bras de la Creuse pour être patinés par le courant. Une rapide enquête locale démontre que « plusieurs tailleurs amateurs dans les environs du Grand-Pressigny seraient capables d’une telle production » !

C’est un phénomène déjà bien connu aux Etats-Unis et au Danemark et qui croit en France avec internet mais aussi les ventes aux enchères où les silex sont pourtant « expertisés » comme authentiques.

Mais tous ces faux en Préhistoire ne sont pas nouveaux. Il faut dire que la sensibilisation aux silex néolithiques n’est pas nouvelle. Les haches polies, par exemple, sont ramassées depuis des siècles et pas seulement pour alimenter les cabinets de curiosités des Antiquaires du 19°siècle. Depuis l’époque romaine, on les place dans les fondations lors de la construction d’une maison pour se protéger de l’orage. Les Romains les appellent d’ailleurs les « projectiles de Jupiter » et dans nos campagnes, on parle encore de « pierres de foudre ».

La découverte en 1854 des premières stations lacustres va entraîner le début d’une inflation de faux plus ou moins exotiques. Les ouvriers qui assurent les fouilles sont payés en fonction de leurs découvertes mais la demande est trop forte. On assiste donc à des manipulations (gaine + lame qui s’emboitent miraculeusement), des modifications  et même à des créations d’outils fantaisistes qui se retrouveront dans toutes les collections et Musées d’Europe.

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Le même phénomène se produit en France où notre icône de la Préhistoire, Jacques Boucher de Perthes publie en 1846 son fameux livre « Antiquités Celtiques et Antédiluviennes » dont on sait aujourd’hui que seuls 32 des 80 objets illustrés sont des bifaces authentiques. Les ouvriers, alléchés par l’appât du gain, se sont mis à apprendre la taille des silex pour rendre exceptionnels des bifaces tout à fait quelconque. La plupart des « pointes néolithiques » provenant d’Amérique du Nord sont des silex taillés récemment et vendus $3 aux touristes de passage. J’ai longtemps vécu aux Etats-Unis et je sais de quoi je parle.

L’apogée du faux en Suisse est celui de « l’Âge de la corne » vers 1885. M. Kaiser, un escroc de Neuchâtel, revend des faux très exotiques et invite même ses clients à venir fouiller eux-mêmes ses chantiers où ont été préalablement positionnés des faux. Il va jusqu’à fournir un lot aux plus célèbres antiquaires de l’époque, et malgré des authentifications négatives, son business se développe et fait de nombreux émules.

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On peut évoquer aussi le crâne de « l’Homme de Piltdown ». Il s’agit d’un crâne reconstitué présenté à la presse en 1912 et considéré à l’époque comme le fameux « chaînon manquant » entre l’homme et le singe, avec la bénédiction du British Muséum. Ce n’est qu’en 1953 que la supercherie sera découverte : la calotte crânienne est médiévale et elle est associée à une mâchoire d’orang-outan dont les molaires ont été limées.

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On revient en France avec l’affaire Glozel. En 1924, une vache se bloque la patte dans une petite cavité où sont découverts par la suite des objets en pierre, en os et des céramiques. L’affaire fait un bruit considérable car, parmi les 3000 pièces recueillies, se trouvent de nombreuses tablettes d’argile évoquant les traces d’une première écriture. La presse s’empare du sujet, on parle de la découverte de l’Atlantide et la polémique enfle jusqu’en 1929 où un rapport de police conclue à une contrefaçon, notamment parce que les tablettes sont en argile crue et qu’elles portent les traces récentes de végétaux.

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En 1983, des fouilles sont relancées et elles sont publiées sous forme d’une synthèse en 1995, confirmant le diagnostic de 1929. Les datations sont principalement de l’époque médiévale (os et charbons), avec quelques objets de l’Âge du fer et des contrefaçons récentes (verre). On peut encore aujourd’hui visiter sur le site la maison de Monsieur Fradin transformée en petit musée qui semble être encore dans son jus depuis les années1930. Avoir surtout plus pour la nostalgie de l’époque des Antiquaires que pour l’authenticité préhistorique des objets présentés.

Le faux en Préhistoire n’est donc pas nouveau.

 

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