Innover dans sa maison

L’étude de l’habitat ne désigne pas la maison mais à un sens très général incluant :

  • L’habitation ou la maison correspond à la définition classique et actuelle
  • D’autres types de constructions comme des bâtiments pour les animaux (étables, bergeries) ou pour les récoltes (greniers).
  • Des aménagements collectifs comme les enceintes, les places, les bâtiments collectifs (lieux de réunion, lieux de culte).
  • Enfin, il y a l’implantation : qui correspond au choix d’installation de l’habitat en terme de topographie, de proximité d’un cours d’eau, ou à l’inverse perché pour des besoins de défense

L’étude de l’habitat Néolithique n’est pas simple car les vestiges de habitations sont assez rares et mal conservés et nécessitent généralement un important travail de restitution pour lequel on fait appel aux connaissances ethnologiques et à l’expérimentation au secours de l’archéologie.

 Introduction et définitions sommaires

Commençons par voir les différents types de sites néolithiques et ce qu’ils nous montrent de l’habitat : Au Proche Orient et en Anatolie, existent de grands sites d’habitat aux constructions maçonnées en briques de terre crue (comme çatal Höyük en Anatolie).

En Europe, nous retrouvons 6 grands types de vestiges archéologiques :

  • Le premier type est la grotte et l’abri sous roche. Leur étude va se limiter à la mise en évidence des structures, des sols et des espaces domestiques spécialisés.
  • Deuxième grand type, les sites que l’on dit « à couches » et qui ne présentent pas d’architectures conservées évidentes. Là encore c’est la répartition des objets qui va nous renseigner sur l’organisation de l’espace et la présence d’architectures disparues.
  • Troisième type de site : le site dit « à fosses » en fait, il s’agit de sites où les couches et niveaux de sol archéologiques ont disparu ne livrant que le sol dans lequel sont creusées des fosses mais aussi des trous de poteau par exemple, de palissades et de fossés qui marquent directement ou indirectement les plans de construction qu’il s’agit de restituer et d’interpréter.
  • La quatrième catégorie est du même type que la précédente, c’est celle des sites lacustres, où nous allons avoir les poteaux conservés dans les trous de poteaux, les mesures d’âge faites sur chaque poteau permettent de redessiner des plans des constructions réalisées avec des poteaux de même âge.
  • La cinquième catégorie concerne les architectures conservées, généralement en pierre sur des sites terrestres. Elle est relativement rare mais on peut y retrouver les vestiges des habitations elles-mêmes et parfois des aménagements collectifs comme les murs d’enceintes.
  • Enfin une sixième catégorie qui n’existe pour ainsi dire pas est celle des sites à architectures de terre conservées. En fait, elle existe bel et bien mais n’a été reconnue en Europe occidentale pour le Néolithique que très récemment en Languedoc.

 L’habitat en France au Néolithique Ancien.

Dans la moitié sud de la France, on a d’abord identifié des grottes et des abris sous rochers. A partir des années 70, on a commencé à découvrir des sites de plein air implantés sur les plaines littorales en Languedoc. Ces structures évoquent des cabanes en matériau léger, bois et couverture végétale, peut-être renforcées d’argile dans certains cas.

En France septentrionale, le Néolithique ancien est marquée par la colonisation danubienne et donc par une architecture très stéréotypée depuis l’Europe Centrale : Une construction sur poteaux porteurs et murs de torchis avec un toit en matériau végétal, avec parfois des fosses latérales d’extraction de terre. Une forme rectangulaire ou légèrement trapézoïdale Des dimensions importantes de 10 à plusieurs dizaines de mètres et des largeurs assez constantes. Des compositions standards à 5 rangées de poteaux dans le sens de la longueur, ménageant 4 nefs internes et une répartition dans la longueur en 3 espaces de dimensions et de destinations variables. La partie centrale est celle de l’habitat proprement dit et de réception. La partie arrière correspondrait à des entrepôts et des étables, alors que l’avant est un grenier.

Les fouilles ont livré de très grandes agglomérations qui ont depuis été souvent réinterprétées. Il s’agirait le plus souvent de hameaux voire de fermes isolées reconstruites au même emplacement sur plusieurs générations. Ainsi, à Cuiry les Chaudardes, une trentaine de maisons construites en rangées parallèles sur au moins 6 hectares se succèdent en réalité probablement pendant environ 200 ans par groupes de 4 ou 5 maisons assez éloignées les unes des autres. Les maisons auraient compté chacune deux à trois unités familiales. Une autre particularité de ces maisons est qu’elles sont assez systématiquement orientées en fonction du vent dominant.

Le modèle initial connaît, avec le temps, des adaptations. Les plus évidentes concernent la réduction des maisons peut-être vers un recentrage autour d’une seule famille. En même temps, les plans deviennent plus souvent trapézoïdaux avec le petit côté au vent et les toitures sont abaissées.

 Le Néolithique Moyen.

Dans la moitié sud de la France, apparaît dans le Midi de vrais villages sédentaires. Certains sont très importants (entre 500 et 2500 personnes) et, par le jeu des reconstructions successives, peuvent atteindre des surfaces de 88 hectares, mais les sites de 2 à 15 hectares sont les plus courants. C’est le moment de la construction de très vastes aménagements collectifs comme les grandes enceintes fossoyées et palissadées renfermant souvent plusieurs hectares. La nature de ces sites est encore âprement discutée, habitat, lieu de rassemblements, de culte, de marché…

Dans la moyenne vallée du Rhône, on reconnaît la complémentarité entre ces grands habitats de plaine ou de terrasse et tout un tas de sites beaucoup plus modestes implantés dans les confins et les marges des grandes voies de circulations, vallées et plaines, il s’agit alors de sites perchés, de grottes-bergeries. Les habitations sont diversifiées : maisons rectangulaires sur poteaux dans les Alpes de Haute Provence ou maisons en pierre sèche dans l’Hérault.

Le Néolithique moyen dans l’ouest et la moitié nord de la France est le moment des grandes expansions territoriales des grandes cultures (Chasséen, Michelsberg…). C’est le moment où on commence à marquer nettement le territoire. Ce qui va caractériser la période est le développement massif des sites à enceintes de palissades, de murs ou de fossés, et des éperons barrés, particulièrement dans la moitié nord de la France. Ainsi à Mairy dans les Ardennes, le site Michelsberg s’étend sur une trentaine d’hectares, dans une ancienne boucle de la Meuse, et comporte une vingtaine de maisons issues de la tradition du Néolithique ancien sur poteaux de bois. Il s’agit de grandes maisons de 20 à 45 m de long pour 7 à 10 m de large, l’une d’elle atteignant 60 m par 13. Des palissades parallèles à la rivière renferment le village.

Pour le Néolithique moyen bourguignon on connaît surtout des camps fortifiés bâtis sur les hauteurs. Les fortifications sont des levées de terres ou de pierres parfois même doubles. Des habitations flanquent ces fortifications, tantôt à l’intérieur, tantôt à l’extérieur.

Dans l’Ouest, les sites à enceintes sont particulièrement nombreux et les systèmes de fortification peuvent être complexes et impressionnants. Les maisons tendent à cette époque à devenir plus individuelles et plus petites.

Les habitations des villages littoraux des lacs du Jura sont maintenant bien connues. Les constructions sont défendues généralement par une palissade du côté de la terre ferme. Elles sont adaptées aux contraintes du milieu humide avec des pilotis et des planchers rehaussés. Ces maisons sont rectangulaires avec une rangée centrale de poteaux porteurs et deux doubles rangs de pieux de parois. Les dimensions sont de l’ordre de 6 à 8 m sur 3,5 à 5 m. et les surfaces ne sont donc plus que de 25 à 40 m2.

D’une manière générale, on observe que la disposition des maisons est variable selon les cultures et les régions mais très rigide au sens du respect du plan établi et parallèlement ce n’est plus le sens du vent qui oriente les constructions mais des choix culturels.

 Le Néolithique Final.

Dans la moitié sud de la France, il est marqué principalement par une réduction des territoires recomposés autour de très nombreux petits sites de plus en plus reculés.

Vers 2750, le village des Baigneurs à Charavines dans l’Isère compte environ 6 maisons implantées sur un petit promontoire. Elles sont enfermées dans une enceinte palissadée d’environ 1500 m2. Les maisons à 3 nefs égales, font 10 à 15 m de long pour 3 à 4 de large. Les datations dendrochronologiques montrent que le village est construit en 3 ans et qu’il est reconstruit au bout de 9 ans puis il dure encore 10 ans avant d’être abandonné 40 ans suite à une inondation et sera reconstruit par une nouvelle génération d’habitant.

En Languedoc pendant ce temps-là dans la même période à partir de 2800, nous avons le groupe de Fontbouisse. L’habitat des guarigues est à base de murs en pierre sèche, construits à double parement avec bourrage interne. Les modules des habitats sont variables de 7 à 24 m de longueur pour 3 à 7 de largeur. Les maisons présentent des plans rectangulaires à absides, ou ovalaires, les portes sont limitées par des dalles verticales. Les toitures devaient être en matériau végétal. Certaines de ces maisons sont construites sur une entrée d’aven, faisant office de cave.

Dans la plaine, les architectures de pierre sont absentes, sans doute faute de pierres justement. On y trouve depuis une vingtaine d’année, des sites de très grandes surfaces, des hectares à des dizaines d’hectares mais les habitations elles-mêmes sont mal connues car en terre crue sous forme de murs de terre et de probables murs de briques de terre crue.

Les habitats du Campaniforme montrent en Languedoc des structures composées de grands empierrements de formes ovales devant supporter une structure légère et dans la vallée du Rhône des constructions sur poteaux porteurs. Finalement c’est avec le début du Bronze ancien, que l’on voit se développer dans le Midi de réelles fortifications.

Le Néolithique final de la moitié nord de la France manque encore actuellement cruellement de données pour la fin du Néolithique. Mais les fouilles de ces dernières années montrent  une situation assez comparable à celle de la façade atlantique, c’est-à-dire le développement de très grandes constructions déjà très nombreuses dans l’Ouest.

Dans le Nord, le site du marais de Santes présente par exemple un bâtiment monumental de 44 m de long inscrit dans une palissade. Dans les régions du Centre, les habitations sont des grands bâtiments à vocation agricole comme les 4 découverts à Pléchatel (Ile et Vilaine) dont l’un mesurait 100 mètres sur 12 et se constituait de nombreuses pièces séparées par des cloisons (daté de 2900 avant J.C. et appartenant à l’Artenac).

La meilleure connaissance des habitations du néolithique Final nous vient des habitats proches du lac de Chalain (Jura). L’exceptionnel état de conservation est dû au recouvrement rapide des villages par des sédiments suite à la montée des eaux des lacs.

Un village est construit en bordure du lac dans une zone marécageuse défendue sur 3 cotés par l’eau et sur le 4° par une palissade en troncs de chêne qui donne sur un marais. Au travers de la palissade, un platelage forme un chemin en bois qui traverse le marais sur une soixantaine de mètres pour rejoindre la terre ferme. Les maisons font 12 mètres sur 5 et peuvent accueillir chacune 6 à 8 personnes et entouré d’une clôture en arc de cercle.

Au centre de la maison, un foyer sert à la fois de cuisine et de chauffage. Des greniers sont aménagés dans les sous pentes pour la conservation des denrées. A l’extérieur, une aire de rejet est affectée aux activités encombrantes et productrices de rejet. C’est là que l’on vanne les céréales, que l’on découpe les carcasses des animaux domestiques ou chassés, que l’on travaille le cuir des peaux ou que l’on refend le bois de chauffage.

La charpente de la maison est en sapin, les murs en tiges de noisetiers et végétaux et la toiture en roseaux et planches lestées par des galets. La construction suppose plusieurs étapes :

  • Abattre les arbres à la hache en silex polie (45 minutes pour un saule de 20 cm de diamètre le double pour un frêne de même diamètre).
  • Refendre les troncs à l’aide de coins en hêtre.
  • Enfoncer les pieux principaux dans le sol.
  • Brêler, c’est-à-dire maintenir la structure avec des cordes de filasse d’écorces de tilleul.
  • Assembler le gros œuvre de la structure en bois.
  • Poser les parois par un clayonnage de branches de noisetiers
  • Étanchéifier avec des marnes calcaires ou des mousses trouvées en forêt.
  • Couvrir la toiture, soit en chaume, en roseau ou plus probablement en plaques écorces fixées sur les voliges du toit.

Dans les grandes lignes, les évolutions en France correspondent à la situation en Europe occidentale.

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