Innover par la céramique

La céramique est un matériau qui n’existe pas dans la nature. Il s’agit d’un mélange de matière première : de l’argile, de l’eau, plus un dégraissant, mélange qui va être ensuite transformé par l’action de la chaleur pour créer un matériau nouveau.

Le modelage de l’argile est sans doute une activité très ancienne dans l’histoire de l’humanité. Hélas, sans la cuisson de cette argile, les objets ou les œuvres réalisées finissent généralement par retourner à la boue. Quelques très rares cas montrent cependant de réelles œuvres d’art en argile au Paléolithique supérieur, comme les très célèbres bisons de la grotte du Tuc-d’Audoubert attribuables au Magdalénien.

Les plus anciennes céramiques connues, donc des objets d’argile cuite cette fois, ne sont pas non plus des récipients mais des statuettes ou des figurines. Les premières datent du Paléolithique supérieur mais ne concernent que de rares objets et l’intentionnalité même de la cuisson des objets a pu être discutée, comme avec les figurines de Dolni Vestonice en Moravie au Gravettien entre -27 000 et -20 000. Ces cuissons d’objets en argiles, même si elles sont intentionnelles, demeurent sans lendemain, car sans utilité.

La poterie apparaît en réponse à deux besoins spécifiques, tous deux liés à l’alimentation :

  • La consommation de légumineuse et de céréales
  • La conservation des grains et la consommation de bouillies.

On met donc généralement en adéquation la poterie et le Néolithique. En fait, la consommation des produits végétaux est antérieure au Néolithique et la céramique va être liée à l’intensification de cette consommation plutôt qu’au Néolithique lui-même.

Dans la plupart des foyers de néolithisation, il faudra attendre des siècles et parfois des millénaires comme au Proche Orient pour que la céramique vienne compléter la définition du Néolithique bien après l’apparition de l’élevage et de l’agriculture.

La céramique présente plusieurs attraits :

  • Elle permet la réalisation de récipients imperméables
  • Elle peut « aller au feu »

Elle permet donc la cuisson d’aliments liquides (comme les bouillies de céréale ce qui la lie aux activités de cueillette puis d’agriculture et le lait ce qui la lie à l’élevage mais aussi les soupes et bouillons) ainsi que les cuissons longues de toutes sortes d’aliments.

Les origines de la céramique :

Les premières poteries de la planète apparaissent donc bien dans un contexte de chasseurs-pêcheurs-collecteurs, au Japon dans la culture appelée proto-Jomon, à partir de -10 000 ans.

Un autre foyer très primitif d’apparition de la poterie est sans doute l’Afrique, dans l’ensemble saharo-soudanais, où certains sites de l’Aïr et du Hoggar livrent des poteries dans des contextes très anciens, sans doute du IX e millénaire et peut-être dès le X e millénaire.

Parmi les autres foyers d’apparition de la céramique dans le monde :

  • En Chine, la céramique apparaît dans plusieurs régions, et dans des cultures déjà néolithiques entre 6000 et 5000 avant notre ère.
  • En Amérique, on connaît aussi plusieurs foyers. Les foyers les plus anciens sont probablement amazoniens et datent d’environ 5000 avant notre ère, alors qu’au Mexique, la céramique est un élément tardif de la Néolithisation vers – 3 000 ans.
  • Enfin, au Proche Orient, La céramique se développe à partir de -7 000 / -6 900 avant dans plusieurs secteurs distincts.

Au Proche Orient, le développement de la vaisselle en terre cuite se fait après celui de la vaisselle de pierre, de la vaisselle blanche (plâtre, chaux), après des réalisations en argiles cuites comme les figurines ou encore après l’emploi de l’argile comme matériau de construction avec les murs massifs mais aussi les briques crues.

Le processus qui a conduit au développement de la céramique est inconnu. Mais il répond à un besoin, ce qui explique sans doute son apparition multiple.

Une des particularités de la poterie, c’est qu’elle n’a en terme de forme et de décor, d’aspect et de volume que les limites de l’imagination du potier. Elle est l’élément de la culture matérielle qui est le plus lié à l’identité des différents groupes. Chaque groupe réalise une céramique différente avec ses traditions morphologiques et décoratives, alors que concernant les industries en silex ou en os, cette marque identitaire est tout de même moins évidente.

La céramique néolithique est donc porteuse d’une identité culturelle et il semble bien que les potiers ne fabriquaient pas n’importe quoi : ils respectaient les traditions propres à leur groupe et à leur époque, ce qui est très pratique pour les archéologues. Cependant, le développement de la céramique au Néolithique n’est pas linéaire, ainsi les céramiques les plus anciennes ne sont pas nécessairement les plus simples ou les moins bien réalisées.

Les matériaux :

Les matières premières nécessaires à la fabrication de la céramique sont au nombre de deux au minimum. Il s’agit de l’argile et de l’eau. Selon le type de terre utilisée, et c’est le cas le plus courant, l’ajout d’une matière supplémentaire appelée dégraissant peut s’avérer nécessaire.

Les moyens techniques sont tout aussi simples, puisque très peu d’outils sont nécessaires aussi bien pour le montage de la céramique que pour la réalisation de fours.

La terre employée pour la réalisation de céramique doit être une argile ou une roche argileuse. Il en existe de très nombreuses variétés, il peut s’agir d’argile d’origine fluviatile, d’argile de grotte. Ces argiles sont généralement récoltées à proximité des habitats préhistoriques où à des distances proches de l’ordre de 2 à 3 jours de marche, ce qui correspond à des territoires d’approvisionnement domestiques.

C’est la nature de la terre employée qui donne sa couleur à la pâte de la céramique : rouge pour une argile ferrugineuse, beige pour une argile carbonatée. La couleur extérieure de la céramique est ensuite modifiée par la cuisson.

La structure de l’argile lui donne sa double propriété de malléabilité et de cohérence. Si la terre est franche, c’est-à-dire si elle contient une fraction grossière, elle est dégraissée naturellement, si elle est trop « grasse » elle colle aux mains et empêche tout façonnage et nécessite l’ajout de dégraissant.

La présence d’un dégraissant dans la terre réduit légèrement sa plasticité mais, en introduisant une hétérogénéité à la structure, permet de réduire les risques de fissure et de casse lors du séchage et de la cuisson. Lors du séchage, se produit en effet, ce qu’on appelle un retrait qui est la contraction de la matière due dessiccation, c’est à dire à l’évaporation de l’eau incorporée lors du façonnage. Un autre retrait se produit lors de la cuisson par la disparition de l’eau dite de constitution, celle qui est contenue dans la terre à l’origine.

Le dégraissant ajouté par l’homme peut être de diverses natures. Il s’agit souvent d’une matière minérale : calcite, carbonate ou sable. Il peut aussi s’agir, plus rarement de coquille, d’os, de végétaux et même de céramique broyée que l’on appelle la chamotte. Différents dégraissants peuvent être employés ensemble.

Le dernier composant nécessaire à la fabrication de la céramique est l’eau, même si celle-ci disparaît lors du séchage et de la cuisson. C’est elle qui permet de façonner la matière.

La fabrication :

La fabrication de la céramique comprend un certain nombre d’étapes. Leur nombre dépend du soin apporté à la réalisation et du type d’objet voulu.

Au minimum, il s’agit de :

  • Préparer la pâte,
  • Façonner l’objet,
  • Faire sécher,
  • Cuire,
  • Réaliser des finitions avant ou après le séchage et après la cuisson ou même les trois.

La préparation de la pâte peut être très soignée ou pas du tout. Elle consiste au minimum à y ajouter de l’eau et à la malaxer. Le dégraissant doit être broyé pour être incorporé à la pâte et les particules de dégraissant peuvent être calibrées pour éliminer les fragments trop grossiers. La pâte est pétrie et parfois battue.

Pour le montage des récipients plusieurs techniques sont connues au Néolithique :

  • Le montage à la motte qui consiste à creuser et à étirer une boule d’argile est le plus simple mais pas le plus fréquent. Il n’est généralement utilisé que pour la fabrication de récipients petits et peu soignés.
  • Le montage à la plaque consiste à réaliser des plaques d’argile mises en formes pour le fond, la panse et le col et assemblées ensuite. Elle est surtout présente en Afrique.
  • Le montage au colombin est le plus fréquent, au moins en Europe occidentale. Il s’agit de réaliser des boudins d’argile qui sont superposés ou enroulés en spirale par ajouts successifs. Cette technique peut s’observer parfois dans les cassures des vases.
  • La technique du tournage, c’est à dire l’emploi d’un tour apparaît dès la fin de la Préhistoire au Moyen-Orient. En France on ne la voit débuter qu’à l’âge du Fer.

L’étape suivante est celle de l’ajout d’éléments de préhensions ou de décors et certaines formes de traitement des surfaces et de décoration. Le bord du vase et la lèvre sont mis en forme et éventuellement aménagés avec un bec verseur par exemple.

Les éléments ajoutés peuvent être de nature très variée.

  • Des cordons ou des barrettes de pâte qui peuvent être collés ou étirés.
  • Des mamelons et boutons peuvent être collés ou attachés au moyen d’un tenon, ou encore pour les petits repoussés depuis l’intérieur du récipient.
  • Des oreilles, languettes et prises plates.
  • Des moyens de suspension (mamelon perforés horizontalement ou verticalement, cordons et bandeaux multiforés)
  • Des anses de formes diverses : en boudin, en ruban.

Tous ces éléments plastiques de préhensions peuvent avoir une vocation décorative.

Le traitement de la surface est réalisé à ce moment. Mais il peut aussi être absent. Généralement, la surface peut être grattée (elle est alors rugueuse) ou le plus souvent lissée alors que la pâte est encore humide ce qui donne une surface mate. La surface peut aussi être engobée c’est à dire recouverte d’une argile fluide, par trempage ce que l’on appelle la barbotine.

La plupart des décors sont réalisés à ce moment, plusieurs techniques existent :

  • L’impression
  • L’incision
  • La cannelure
  • L’excision
  • L’incrustation

Les outils et les gestes peuvent être très variés : la coquille, le peigne, la forme pour l’estampage et les outils coupants pour les incisions.

Le séchage est une étape importante avant la cuisson. Sa durée est très variable en fonction des terres, de l’eau ajoutée, des conditions climatiques. Mais certains traitements de surface (polissage) et certains décors (gravure et peinture) sont réalisés après séchage.

On connaît peu de choses des cuissons de céramiques au Néolithique. L’essentiel provient de l’ethnologie et de l’expérimentation. Aucun réel four, c’est à dire un système où les récipients sont isolés du combustible n’est connu pour le Néolithique en Europe occidentale bien que quelques rares structures sont interprétées dans ce sens. Le four ne semble apparaître pour nos régions qu’à l’âge du Bronze.

Par l’expérimentation et l’analyse des objets, on sait que la cuisson de la céramique nécessite une température de 450 à 500° au minimum pour déshydrater l’argile et que les températures atteintes par les cuissons néolithiques étaient de l’ordre de 600 à 800°. Les cuissons néolithiques devaient généralement être réalisées soit en feu libre et foyer ouvert, soit plus généralement en meule, chapée ou non.

Si les vases sont au contact de l’air, la cuisson est dite oxydante et les surfaces sont rouges ou orangées, si les vases sont protégés de l’air, en fosse ou sous une meule chapée, la cuisson est dite réductrice et les surfaces seront grises à noires.

La durée de la cuisson est très variable et doit atteindre plusieurs heures pour des feux ouverts. Les structures intermédiaires avec un foyer situé sous les pots et une meule importante ou chapée sont plus rapides avec des cuissons de 30 minutes à deux heures. L’existence de la meule chapée, c’est à dire couverte d’un matériaux non combustible, au Néolithique n’est pas avérée, car elle atteint des températures pouvant être supérieure à 1000° qui ne sont pas observées sur le mobilier.

Pendant la cuisson en meule ouverte, l’ennemi est le vent qui provoque de brusques changements de température dans le foyer et la casse de pots. Les observations ethnologiques indiquent que généralement, dans les régions venteuses, les cuissons sont démarrées au moment où le vent tombe, à la fin de la journée. La fin de la cuisson et l’extraction des céramiques est un moment délicat où de trop fortes variations thermiques peuvent provoquer de la casse.

Après la cuisson de la céramique, celle-ci peut encore faire l’objet d’une finition. Il s’agit de certains décors gravés à cuit et du polissage des surfaces avec un objet dur.

 Usage et vie de la céramique.

La question de la fonction de la céramique est complexe. Au départ, tous les objets en céramique ne sont pas des récipients. Il y a :

  • Des figurines, statuettes animales et humaines et miniatures diverses,
  • Des objets très divers : des fusaïoles, des pesons, des tuyères pour la métallurgie (éléments permettant de conduire l’air entre le soufflet et le creuset)…

Mais la très grande majorité des objets en céramique sont cependant des récipients. Les formes très variées des récipients en céramiques ont conduit les archéologues à en dresser des typologies très nombreuses, souvent suivant la fonction des récipients.

S’il est relativement facile de supposer que certains petits vases appelés gobelets servent à boire et que certaines grandes jarres sont destinées à du stockage, entre les deux, c’est beaucoup plus difficile. En fait, toutes les fonctions connues actuellement pour des récipients sont sans doute représentées avec des vaisselles de :

  • Consommation : avec des gobelets, des assiettes, des bols et des écuelles,
  • Préparation ou de cuisson : jattes, bassines, marmites de diverses formes,
  • Stockage et conservation : jarres, vases silos de très grande contenance.

Il existe aussi des gammes de récipients dont il est plus difficile de préciser l’usage comme :

  • Les vases supports,
  • Les coupes polypodes : brûle parfum ou brûle encens la plupart du temps.

 Diffusions et échanges.

Au Néolithique, les productions de céramique sont domestiques  et artisanales, c’est à dire que les céramiques sont produites soit au sein et pour la maisonnée, soit au moins sur le site même où elles vont être utilisées. On le sait par l’analyse des matériaux argileux qui proviennent le plus souvent des environs même du site ou de territoires non éloignés.

L’existence de productions spécialisées destinées aux échanges n’est pas réellement avérée pour ces périodes dans nos régions. Mais il est pourtant relativement fréquent de trouver sur un site, au sein d’un assemblage céramique homogène, un ou quelques vases qui diffèrent par leurs matériaux, leurs techniques de fabrication ou leur styles.

3 nombreux cas sont possibles :

  • Des fabrications originales présentes au sein des séries.
  • Des échanges de vases sont avérés pour le Néolithique. Ils témoignent d’une certaine diffusion de la céramique et probablement d’échanges dont nous ne connaissons pas la contrepartie.
  • Des déplacements de personnes sont aussi démontrés par l’examen de la céramique.

Il n’y a donc pas que les objets manufacturés qui se déplacent mais aussi des idées et des techniques et dons des personnes.

 Durée de vie des céramiques

La céramique, ça se casse très facilement. Et ce n’est pas très compliqué à fabriquer. Il est très probable que la durée de vie d’un récipient en céramique soit très courte, ce que traduit sans doute les quantités parfois invraisemblables de fragments mis au jour sur certains sites.

Cependant, certaines observations ethnologiques ont montré la durée de vie particulière de certains vases de stockage de très grande capacité et non destinés à être déplacés. Il existe des cas où de tels vases rangés derrière une maison sont là depuis 70 à 80 ans, alors même que les habitants de la maison ont changé et n’appartiennent même pas à la même culture que les premiers possesseurs des fameux vases.

Il est vraisemblable aussi qu’au Néolithique déjà, certains vases ont une valeur particulière, ou bien est-ce que qu’on a mis dedans, puisque des céramiques font partie du mobilier funéraire dans de nombreuses cultures.

D’une manière générale, on semble tenir quand même à des récipients en céramiques puisque on peut observer des vases réparer, qui présentent des « trous de réparation » de part et d’autre d’une fissure.

Certaines céramiques sont parfois déposées dans des tombes, et dans quelques cas sont abandonnées entières dans des fosses, des silos ou dans des habitats abandonnés, incendiés… Mais dans la plupart des cas elles sont rejetées parce que cassées ou passées de mode et finissent en petits morceaux que l’on appelle tessons. Les tessons peuvent encore être réutilisés généralement en raison de leur morphologie plates comme sols ou de dallages. D’autres tessons seront parfois percés pour servir de fusaïoles, de poids ou de pesons.

En conclusion, la céramique reste le meilleur et le principal « fossile directeur » qui permet aux archéologues de rattacher un site à une culture et une chronologie.

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