Innover par l’agriculture

Pendant des millénaires et, en fait, jusqu’à l’explosion du mode de vie urbain dans le courant des deux derniers siècles, l’acquisition de la nourriture a constitué l’une des activités les plus importantes et accaparantes pour l’homme, en terme de temps et d’énergie dépensés.

Au Paléolithique supérieur, pendant les dernières grandes phases glaciaires en Europe, les groupes contraints à un nomadisme permanent pour suivre leur gibier, avec pour conséquence une nécessaire gestion au plus près de la taille du groupe, devaient connaître un mode de vie difficile. L’agriculture et l’élevage, la production de nourriture, est incontestablement un progrès face aux incertitudes des chasseurs-collecteurs : c’est la maîtrise des ressources !

Les céréales et les légumineuses

Les grains de céréales ont tous la même structure :

Une écorce (le son) riche en cellulose, une amande riche en amidon (des glucides) et un germe riche en lipides et en vitamines. Ces grains contiennent aussi des protéines (8 à 12 % en moyenne), des vitamines du groupe B et des fibres.

Les principales céréales :

– L’orge tout d’abord qui était sans doute l’une des plus importantes céréales au Néolithique.

– Les blés, qui forment un groupe botanique complexe

Il existe plusieurs variétés de blés sauvages qui participent à une généalogie complexe qui va donner les différents types de céréales domestiques. Les principaux types de blés sont :

– L’engrain

– Les Triticum aestivum comprenant blé tendre, blé compact et épeautre.

– Les Triticum turgidum comprenant amidonnier, blé poulard et blé dur

La domestication des plantes à l’époque néolithique ne va pas concerner que des céréales, mais aussi des légumineuses comme en Europe : le pois, la lentille et l’ers, mais aussi dans d’autres régions du monde les haricots ou encore les arachides…

Origines et développements de l’agriculture

Au proche orient dès le Natoufien, donc avant le Néolithique, apparaissent avec l’amélioration climatique des champs de céréales spontanées qui vont être exploités, par simple ramassage, il ne s’agit pas encore d’agriculture par les hommes préhistoriques.

Cette cueillette est devenue une activité très importante dans une très large région s’étendant de l’Irak à la Grèce dès 12 500 avant lorsque les conditions environnementale l’ont permis. Diverses expériences montrent qu’une récolte de 2 semaines par 1 seule personnes permet de nourrir une famille de 4 personnes pendant 1 an.

L’agriculture apparaît sans doute réellement dans la période entre 9500 et 8000avant notre ère mais elle n’est pas encore réellement prouvée. Un des éléments qui pourrait l’indiquer est la présence de mauvaises herbes qui s’installent dans les terres meubles des champs de culture.

Ce n’est que vers 8000 qu’apparaissent les céréales morphologiquement domestiques. Mais lorsqu’elles apparaissent elles sont déjà partout : au Levant, en Anatolie, dans le nord de l’Irak et l’ouest de l’Iran.

Dans le millénaire suivant, on observe la diffusion des espèces en dehors de leur milieu originel comme celle des blés (amidonnier, blé nu et orge à 6 rangs) vers le moyen Euphrate et la Jordanie. A partir de ce moment l’agriculture s’intensifie à grande échelle tandis que la cueillette des espèces sauvages s’amenuise et les morphologies domestiques se répandent largement.

En Europe, le Néolithique arrive tout constitué sous la forme d’un pack dans la poche des colons néolithiques. L’agriculture fait partie de ce pack et, aucun indice d’agriculture antérieure à l’arrivée des colons n’a pu être observé en Europe. Ces colons néolithiques vont donc apporter avec eux, leurs graines à semer dans de nouveaux champs.

Pourtant on va constater très vite des différences entre les deux grands qui vont développer chacun leur propre agriculture, blé tendre pour le courant méditerranéen et amidonnier pour les Danubiens.

A coté de ces cultures majoritaires, on trouve dans le Midi de la France, d’autres blés (Triticum dicoccum et monococcum) ainsi que l’orge (hordeum vulgare), mais aussi des légumineuses comme les pois, les gesses chiches. En contexte danubien, de même, les trois types de blés sont connus ainsi que deux types d’orge, mais aussi les poids, les lentilles et le millet commun.

Au Néolithique moyen, on retrouve les mêmes avec quelques changements. Ainsi, le blé compact se répand dans la moitié septentrionale de la France, alors que l’amidonnier fait une percée dans le Midi et l’Epeautre semble apparaître. La fève apparaît dans le Midi en contexte chasséen.

Au Néolithique final, le lin, le pavot et l’avoine apparaissent dans les diverses cultures en France. La cueillette demeure très importante pendant toute cette période. Elle ne concerne pas des céréales sauvages, bien sûr, mais toutes sortes de choses des glands jusqu’aux fraises.

Le développement de nouvelles techniques.

Quelque soit les époques, la première étape pour mettre en culture est de défricher la forêt. Le brûlis permet de faire un premier nettoyage et se fait après avoir récupérer au préalable le bois utilisable. On comprend mieux ici l’importance de la hache polie et leur grand nombre.

Les semis se font dans un premier temps avec un « bâton à fouir », c’est-à-dire un bâton lesté d’un poids de pierre avec lequel on prépare le sol pour les semis. La traction animale par paire de bœuf et l’araire tractée sont introduites en Europe vers -3400. Ces 2 innovations auront un impact majeur tant sur la pratique agricole, que sur l’organisation des villages (apparitions de « villages – rues ») ou le transport des denrées, le débardage des grumes…

Les moissons nécessitent aussi un outillage particulier. Dans un premier temps, la faucille est la règle. Celle-ci peut être composée d’une simple lame ou de plusieurs lames de silex enchâssées dans un manche courbé, on parle alors de faucille « composite ».

Avec l’arrivée de l’araire, on pense que la faucille laisse la place au « couteau à moissonner ». Ce sont des couteaux à lame courte, souvent taillés avec 2 encoches sur les cotés pour en faciliter l’emmanchement, qui servent à « érusser », c’est-à-dire arracher les épis complets, en laissant la paille sur pieds. Ce changement est confirmé par les expérimentations qui montrent que sur des champs à plantation dense et linéaire (grâce a l’araire), le rendement du couteau est bien meilleur que celui de la faucille. L’abandon de la paille sur pieds offre par ailleurs aux troupeaux une aire de pâturage puis d’herbage.

Après la moisson, les récoltes sont stockées, soit dans des silos creusés dans le sol, soit dans des céramiques qui apparaissent aussi avec le Néolithique. La transformation des céréales en farine se fait avec des meules « dormantes » et des broyons. Enfin, pour la cuisine, apparaît toute une série d’ustensiles (céramiques, pierres a chauffe pour le pain, cuillères, vannerie…).

Au Néolithique Final, la culture du lin va de pair avec le développement des métiers à tisser et de tout un artisanat attesté par exemple par les gravures du Val Camonica dans les Alpes;

Le tissage est une technique qui consiste à croiser des fibres pour réaliser un matériau homogène (fils, cordes, nattes, tapis et vêtements). La technique utilisée est issue de la vannerie; elle consiste à croiser des fils pour créer un tissu. Le fil est d’abord récupéré de matières premières qui peuvent être animales (laine, poils) ou végétales (lin, tilleul, chanvre, orties). Puis il est cardé (séparation en filasse) et enfin filé. Ensuite le métier à tisser permet de réaliser la trame du tissu, il agit comme une grille qui permet de croiser les fils. Les « fusaïoles » en terre, que l’on retrouve souvent, permettaient de lester le fuseau de bois afin de tirer les fils de la laine.

A propos des vêtements, la découverte en 1991 de l’homme congelé de « Ötzi » à Similaun en Autriche donne une image de l’équipement complet d’un voyageur 3000 ans avant JC :

  • Cape en sparterie (tige d’herbes tressées),
  • Pantalon et gilet en peau de chèvre,
  • Large ceinture en cuir avec sa poche permettant de transporter les provisions,
  • Bonnet en peau d’ours,
  • Bottes fourrées d’herbes,
  • Sac à dos avec cadre en bois,
  • Filet à large maille,
  • Récipients en bouleau dont l’un avec des braises,
  • Arc de 1.82 m en if avec sa corde en tendon de cerf, son carquois et ses flèches,
  • Poignard en silex,
  • Sac en cuir contenant ses outils (grattoir, perçoir et briquet de pyrite),
  • Hache en cuivre.
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