Innover par le métal

Le développement de la métallurgie, s’il ne fait pas partie de la définition du Néolithique, semble bel et bien lié de façon plus ou moins directe, au processus de la néolithisation.

Ce lien qui existe entre Néolithique et métallurgie, on peut le montrer à deux niveaux :

  • Le premier est géographique puisque les premières manifestations de pratiques métallurgiques apparaîtront dans des régions de néolithisation ancienne et non dans les régions nouvellement colonisées ou en marge de la néolithisation. La métallurgie est bien ainsi le fait d’agriculteurs-éleveurs sédentaires.
  • Le second lien est chronologique, car les premières formes de métallurgie, la métallurgie à froid en particulier, vont apparaître très précocement au sein du processus de néolithisation.

Les outils de métal vont rapidement supplanter au niveau de l’efficacité, leurs ancêtres de pierre. La demande a dû être rapidement très forte pour ce type d’objet, entraînant nécessairement des échanges à très longue distance, mais aussi un intérêt particulier pour la possession aussi bien du savoir-faire métallurgique que des mines de métal elles-mêmes avec très tôt le développement de conflits pour ces contrôles.

A l’origine, le métal a été au moins autant sinon plus utilisé pour l’apparat que pour la réalisation de réels outils. L’apparat c’est à la fois les parures mais aussi les armes portées par des hommes ou des femmes. Et à travers ça, c’est évidemment un marqueur social, car celui qui porte parures et armes de métal a les « moyens » entre guillemets de les obtenir…

Le métal intervient donc dans un contexte de développement des inégalités sociales et accompagne ce développement sans en être la cause qu’il faut aller chercher plus loin dans la néolithisation avec le double phénomène de la sédentarisation et du stockage.

Géographiquement, les premiers foyers de développement de la métallurgie se trouvent au Proche Orient :

  • en Anatolie (en Turquie actuelle)
  • en Iraq et en Iran.

En Europe, la métallurgie va apparaître à l’Est et au sud-est, dans l’une des régions les plus anciennement peuplées par les colons néolithiques, c’est-à-dire les Balkans.

Le développement de la métallurgie est donc un processus très long qui va être intimement lié au développement des arts du feu, pendant le processus de néolithisation. Mais l’histoire du métal commence bien avant cela, dans des contextes de chasseurs collecteurs ou dans celui des premiers agriculteurs avec le martelage à froid du cuivre natif.

 Les débuts de la métallurgie au Proche Orient

Parmi les plus anciens objets connus, on va trouver un petit pendentif en cuivre provenant d’un niveau du 10e millénaire à la grotte de Shanidar en Irak dans des contextes de chasseurs-collecteurs.

Dès 8000, peut-être avant, on trouve en Turquie, l’évidence de cuivre travaillé à chaud, mais seulement porté à des températures de l’ordre de 500° ce qui n’est pas encore en soi de la métallurgie. Ces objets sont des tiges, des feuilles, des crochets, des fils et des perles.

Le développement de la métallurgie, c’est-à-dire de la réduction des minerais, semble lié à celui de la céramique, en raison d’une communauté des arts du feu et en fait, il a fallu beaucoup de temps pour apprendre à maîtriser les hautes températures. Les progrès faits dans la maîtrise des températures de cuisson des céramiques vers -7000 ont eu un impact direct sur le développement de la métallurgie.

On trouve dans des niveaux du 7e millénaire de çatal Höyük en Turquie, des petits objets de plomb et de cuivre et des scories attestant de la fonte de cuivre. Dans le courant du 6e millénaire, on va trouver des objets plus importants associés à des restes de réduction de minerais témoignant du développement réel de la métallurgie dans cette région. Puis la généralisation du métal dans ces régions au cours du 5e et du 4e millénaire va de pair avec la diffusion des techniques bien au-delà de la région, en Mésopotamie, vers le Caucase et aussi le sud-est de l’Europe.

Parallèlement, les minerais travaillés ainsi que leur provenance géographique vont se diversifier. Au 4e millénaire, on saura travailler dans ces régions les premiers alliages : le cuivre à l’arsenic puis le Bronze à l’étain. Pendant la même période l’orfèvrerie et l’argenterie se développent aussi comme en témoigne le trésor de Priam à Troie, qui date lui, de la première moitié du IIIe millénaire.

 Les débuts de la métallurgie en Europe

C’est le Centre-Est de l’Europe qui va voir se développer la première métallurgie européenne où existent une série de cultures dites « chalcolithiques » qui vont s’étendre dans la seconde moitié du Ve millénaire, de la mer noire à l’Adriatique à travers les Balkans :

  • Culture de Vinça en Yougoslavie,
  • Gumelnitsa en Roumanie et Bulgarie,
  • Cucuteni en Roumanie et en Ukraine,
  • Tiszapolgar en Hongrie.

L’ancienneté du foyer balkanique et les nombreuses données accumulées permettent d’envisager une métallurgie européenne autochtone dans les Balkans. La naissance de cette métallurgie peut ainsi être suivie selon un processus proche de celui de l’Anatolie, à ceci près que les néolithiques européens connaissent les arts du feu et la fabrication de la céramique dès leur arrivée en Europe.

Au départ, il s’agit donc d’un travail par martelage de cuivre natif, mais dès les débuts du Ve millénaire on voit une évolution rapide avec :

  • Une fonte à moule ouvert, suivie d’un martelage pour la mise en forme,
  • Puis des moules bivalves et le forgeage pour obtenir des formes plus élaborées.

Entre 4500 et 3500, c’est une véritable explosion du métal, où on observe des mines de régions très diverses mises à contribution, des échanges à très longues distances avec de nombreux objets qui circulent, l’apparition de réels dépôts pouvant être importants. La métallurgie de l’or se développe dans le même temps.

Les mines de cuivre sont des tranchées de 5 à 6 mètres de larges, voire plus on atteint fréquemment 10 m de profondeur et parfois 20 m. Il existe des amorces de galeries mais l’essentiel de l’exploitation se faisait à ciel ouvert. Des pics en bois de cerf témoignent de l’outillage des mineurs. L’essentiel de la production devait être emporté vers des centres spécialisés dans la fonte et la fabrication des objets.

Le Ve millénaire va avoir le développement de l’orfèvrerie, c’est-à-dire de la métallurgie de l’or qui tient une place un peu particulière en fonction de deux aspects :

  • D’une part, l’or ne convient pas à la fabrication d’objets réellement utilitaire, en raison de sa malléabilité et il va donc servir, comme le premier cuivre d’ailleurs, à la fabrication d’objets inutiles, principalement des parures.
  • D’autre part, l’or nécessite beaucoup de travail pour la fabrication d’objets et c’est d’emblée dans la parure rare et dans le symbole que vont se cantonner les productions en or de la Préhistoire.

Dans les Balkans, de nombreux sites ont livré des éléments en or, généralement, des anneaux, des perles, des fils, des boucles d’oreilles. Le site le plus célèbre est la nécropole de Varna en Bulgarie, sur la côte de la Mer noire (entre 4600 et 4200 avant notre ère) et ses 281 sépultures dont 61 contenaient de l’or et précisément 3028 objets totalisant plus de 6 kg d’or (bracelets, bagues, diadèmes, pendentifs, perles, plaques perforées, appliques pouvant figurer des bovidés, haches mais aussi des vases de céramiques rehaussés de peinture à l’or.

Ce monde florissant n’a qu’un temps et au IIIe, les productions métalliques chutent de façon vertigineuse, le cuivre se fait rare peut-être en raison de l’intense exploitation des ressources jusqu’à ce moment. On ne va plus trouver de cuivre pur et on va lui préférer les alliages : du cuivre arsénié tout d’abord, puis du bronze, mais cet alliage ne se développera réellement qu’au second millénaire.

En Italie péninsulaire, il faut attendre la transition du IVe au IIIe millénaire pour qu’existent divers foyers de production d’objets en cuivre : la Campanie, le Latium, la Toscane et la Plaine lombarde. Pour l’Italie du nord, la zone alpine, qui est sous influence Danubienne et balkanique voit apparaître ses premières exploitations de cuivre entre 3642 et 3356 av.

En France, à Cabrières au Nord de Béziers, vers -3100, on a une vingtaine de mines, 4 ou 5 sites de traitements du minerai ainsi que 6 ou 8 sites d’habitats occupés à la fin du Néolithique dans une période contemporaine de l’exploitation des mines.

Les premiers objets en cuivre en France ont donc au moins 3 origines :

  • La métallurgie d’Europe Centrale dans l’Est de la France et les Alpes.
  • La métallurgie Sud-alpine d’origine italique dans le IIIe millénaire,
  • La production locale de l’Hérault.

Au IIIe millénaire, alors que les Balkans ne sont plus la région Chalcolithique par excellence, c’est la Péninsule Ibérique qui semble prendre le relais. Plusieurs centres sont sans doute actifs, dans le sud-est en Andalousie, mais aussi en Algarve et en Estrémadure portugaise.

 Le re-développement métallurgique du 3e millénaire en Europe occidentale

A l’époque Campaniforme, vers le milieu du IIIe millénaire, va se diffuser depuis la Péninsule Ibérique vers une grande partie de l’Europe occidentale, de nouveaux types d’objets et de nouvelles techniques de fabrication. Ainsi, l’or et l’argent vont se rencontrer plus fréquemment en contexte funéraire.

Ailleurs en Europe, la métallurgie semble bien liée au développement des grandes cultures de la fin du IIIe millénaire, à la fois le Cordé en Europe centrale et septentrionale et le Campaniforme en Europe méridionale et occidentale.

A la fin de la période, au moment de la transition du Néolithique au Bronze ancien, on voit apparaître en France de menus objets de bronze qui se réduisent le plus souvent à des alènes losangiques et quelques tous petits fragments informes. Nous sommes entre -2150 et -1850 et l’âge du Bronze débute timidement. L’origine dans l’Est et le sud de la France de ces objets est à chercher en Europe centrale ou des Balkans. Ce tout premier bronze ancien est encore néolithique par bien des aspects et il faut sans doute attendre le Bronze ancien 2, pour que des objets à la fois massifs et nombreux en bronze (haches et poignards essentiellement) fassent leur apparition et traduise le passage réel à l’âge du Bronze.

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