Mais où commence le Néolithique ?

La néolithisation ne se produit pas en un unique lieu mais au contraire en divers endroits du monde, avec plusieurs foyers primaires, à partir desquelles l’économie, le mode de vie néolithique va se diffuser à de très nombreuses régions du monde.

Le plus intéressant pour l’Europe est celui du Proche Orient sur lequel nous reviendrons en détail. Mais il existe 4 autres foyers :

Le foyer Africain

On pense qu’un foyer du Néolithique existe entre le sud du Sahara et la forêt équatoriale, autour du Soudan et de la vallée du Nil dès le VIIe millénaire, avec de la céramique, une agriculture (essentiellement du millet) et dans certains secteurs un élevage bovin. La phase ancienne de cette culture appelée Early Kharthoum pourrait remonter jusqu’à -7000 ans.

Le foyer Asiatique

La Chine comporte probablement plusieurs foyers de néolithisation avec entre 10000 et 8000 avant notre ère, une céramique et un outillage lithique poli. Puis arrive une seconde phase entre 8000 et 7000 avec l’apparition réelle du Néolithique et la domestication du porc et des « manipulations » de certains tubercules. Enfin, en Chine du nord, le Néolithique est attesté entre 6000 et 5000 avec les cultures de choux, chanvre, colza et millet et la présence de caprinés et surtout de porcs domestiques.

Le foyer Américain

2 foyers de néolithisation y ont été observés dont deux importants : les Andes et le Mexique.

  • Dans les Andes, sur la côte pacifique, c’est la sédentarisation de groupe de pêcheurs collecteurs dès 6000-5800 puis une agriculture dans le nord du Chili avec du maïs cultivé vers 5000 avant.
  • Au Mexique, la Néolithisation est un processus très lent entre la première proto-agriculture (-8000) et l’apparition de villages et de la céramique vers -3000.

Il y a donc 5 « Foyers de néolithisation » attestés. Dans ces régions pionnières se développent l’économie de production et c’est a partir de ces foyers primaires que le mode de vie néolithique se répand, se diffuse, parfois rapidement et parfois plus lentement.

 

La Néolithisation du Proche Orient

Le Proche Orient est le plus ancien foyer de néolithisation dans le monde et le seul qui permette d’observer le processus de Néolithisation entre les derniers chasseurs collecteurs et les premiers éleveurs agriculteurs, sans interruption pendant environ 5000 ans.

Le Néolithique européen est directement issu des régions proche orientales.

Carte néolithisation 1

Carte néolithisation 2

Carte néolithisation 3

La néolithisation va se produire dans ce qu’il est convenu d’appeler le « Croissant Fertile ».  Plus précisément cette région correspond aujourd’hui à la Syrie, le Liban, Israël, la Palestine, la Jordanie et l’Irak, ainsi qu’une partie des territoires égyptiens, turcs et iraniens.

Le processus de Néolithisation prend naissance après la dernière période glaciaire, dans un épisode doux et humide à partir de 12000 avant notre ère. Il peut être suivi pendant 5000 ans, jusque vers 7000 avant notre ère, période où les principaux changements qui caractérisent le Néolithique (Économie de production, Sédentarité, Céramique…) sont accomplis.

On peut découper la Néolithisation du Proche Orient en quatre épisodes successifs qui illustrent le mieux les changements :

  • Entre 12000 et 10300, avant la Néolithisation,
  • Entre 10300 et 8800, avec une pré-Néolithisation,
  • Entre 8800 et 6900,
  • Et, entre 6900 et 5800.

 

Période I : entre 12000 et 10300 avant notre ère.

A cette époque, deux principales cultures Mésolithiques se partagent un vaste territoire. Il s’agit à l’ouest, du côté de la Méditerranée dans un ensemble humide et arboré du Natoufien et à l’est, dans un ensemble beaucoup plus sec au pied du Zagros : du Zarzien. C’est dans cette dernière région que va se produire le phénomène de la Néolithisation.

Les outillages sont généralement hérités de la fin du paléolithique avec beaucoup de microlithes (de tous petits objets : géométriques, triangles, scalènes, segments de cercle…servant généralement à être emmanchés en série pour la réalisation de flèches),
qui traduisent la part de l’industrie destinée à la fabrication d’armes de chasse.

Dans le Natoufien, on trouve aussi grandes lames brutes ou retouchées présentant un lustré caractéristique de la coupe des roseaux et des céréales (plantes qui contiennent de la silice et qui affectent la surface du silex), des mortiers, des meules plates et des molettes. Ce type d’objet est généralement associé à l’idée de broyage des denrées alimentaires comme les légumineuses et les céréales.

Dans les cultures du Natoufien, est aussi déjà présente, une vaisselle de pierre, vases ouverts de faibles dimensions réalisés en basalte.

L’habitat de cette période est très diversifié avec la fréquentation d’abris qui disparaîtra aux périodes suivantes et l’existence d’un habitat de plein air. Suivant les sites, on évoque :

  • l’existence de vrais hameaux sédentaires avec des maisons, de nombreuses fosses de stockage, un mobilier lourd important et des sépultures,
  • ou des hameaux saisonniers, avec un habitat plus léger et plus serré, avec ou sans mobilier lourd et sans sépulture,et des campements temporaires sans maisons proprement dites.

Les maisons de cette période présentent des particularités systématiques : une forme circulaire ou semi-circulaire et une implantation  par creusement total ou partiel dans le cas d’implantation dans une pente. Ces fosses sont de diamètres très variables entre 2,5 et plus de 8 m. Elles livrent parfois des murets périphériques et/ou des trous de poteaux. Dans tous les cas, les superstructures devaient être réalisées en matériaux légers (végétaux ou peaux…mais aussi torchis).

Ce type d’habitation existe dans la région depuis le Paléolithique supérieur mais il était alors limité à une ou deux maisons isolées. L’intérieur de ces cabanes révèle la présence de foyers aménagés de pierre, des meules et des mortiers parfois enchâssés dans le sol et des fosses d’un diamètre inférieur ou égal à 1m et interprétés comme de petits silos.

Les sépultures natoufiennes sont particulièrement nombreuses et généralement associées aux habitats (à l’intérieur ou à l’extérieur). Quelques indices de réelles nécropoles sont aussi mentionnés.

L’économie repose encore sur les traditions paléolithiques avec en parts variables la chasse, la pêche et la cueillette et la chasse est très importante. Dans le levant, il s’agit d’une chasse à la gazelle dont la proportion varie de 40 à 85 %. Le reste des animaux présents : caprinés, bovidés, suidés et équidés ne représente que 5 à 20% exceptionnellement du gros gibier abattu. Dans le Zagros, l’éventail est plus diversifié et ne montre pas de préférence aussi nette.  Dans ces deux régions, la chasse au gros gibier est complétée d’une chasse aux lièvres et renards ainsi qu’aux oiseaux migrateurs ou sédentaires.

Enfin, c’est au Natoufien que le chien est domestiqué

La cueillette est bien attestée par la présence de restes végétaux et l’existence d’outils spécifiques. Cette cueillette concerne : l’orge, l’ers, les lentilles, les pistaches et plus rarement le blé engrain sauvage. Mais il faut savoir que ces espèces étaient déjà récoltées au Paléolithique Supérieur avec des glands et des amandes.

La période est donc encore beaucoup marquée par les modes de vie et les traditions du paléolithique.

 

Période II : Entre 10300 et 8800 avant notre ère

Dans la pratique, l’essentiel des traditions observées à l’époque précédente et en particulier celles du Natoufien classique du Levant, se poursuivent mais elles s’étendent maintenant jusqu’au Zagros occidental.

Plusieurs transformations apparaissent sur l’ensemble du territoire ou dans certaines régions seulement. Il s’agit tout d’abord de l’apparition de nouveaux outils comme une grande variété de pointes de flèche mais aussi des haches taillées et polies en roche dure et des têtes de massues (pierres perforées).

La vaisselle de pierre existe toujours, mais les formes se diversifient et les parois s’amincissent. Les objets « non utilitaires » sont marqués par le développement du modelage de l’argile pour la réalisation de statuettes parfois cuites ainsi que des pions, billes et boutons. Le nombre de représentations humaines dépasse de loin celui des représentations animales.

L’habitat propose aussi des innovations comme l’emploi d’éléments préfabriqués : les briques de terre obtenues par modelage qui coexiste avec le torchis, ou les murs construits en terre et même de toits plats en terre aussi pouvant coexister avec les superstructures légères déjà décrites. De fortes charpentes de bois sont aussi présentes.

Les plans évoluent avec l’apparition de petites cellules liées à une plus grande par exemple. L’équipement lourd est fréquemment enchâssé dans le sol ou les banquettes. Les foyers encore intérieurs tendent à sortir et apparaissent des fours à galets chauffés.
Les silos creusés voisinent maintenant avec des greniers construits.

Les agglomérations se développent avec des surfaces variables de 0,3 à 0,5 ha mais aussi de plus grandes de 1,5 à 3 hectares à Jéricho avec de véritables villages pouvant dans certains cas accueillir plusieurs centaines de personnes, généralement quelques dizaines.

Les aménagements collectifs existent dès cette période avec pour le plus impressionnant : un puissant mur d’enceinte et de soutènement autour du site de Jéricho (Palestine) de 3 m de large pour 4 de haut et pour lequel on connaît une tour de 8,5 m de haut pour 8 m de diamètre à la base avec un escalier intérieur, au IXe millénaire avant notre ère. Notons que la tour est placée à l’intérieur du mur.

Mais tout ceci ne concerne pas l’ensemble de la région et certains secteurs restent en dehors de ce développement. Et le campement temporaire devait encore exister en complément des villages. A cette époque enfin, la maison à plan rectangulaire fait son apparition et coexiste avec les maisons rondes traditionnelles.

Les sépultures poursuivent la tradition antérieure mais des innovations apparaissent comme le dépôt de corps dans une petite construction prévue à cet effet, l’absence de mobilier funéraire généralement et l’apparition d’une pratique de séparation des crânes qui sont déposés à part individuellement ou groupés.

L’économie reste fondée sur les pratiques paléolithiques de la chasse et de la cueillette. Cependant, l’observation de la représentation des animaux conduit à proposer pour cette phase l’hypothèse d’un proto-élevage avec contrôle des troupeaux et sélection à l’abatage.

C’est aussi cette période qui doit voir l’apparition d’une agriculture pré-domestique par la manipulation des céréales particulièrement. Sélection des ramassages, peut-être déjà des plantations. Mais ces pratiques demeurent difficiles à prouver et les espèces retrouvées sont encore de morphologie sauvage.

Pour conclure sur cette 2e période. Nous ne sommes toujours pas réellement dans le Néolithique. Il s’agit cependant bien d’un Proto-néolithique au sens ou cette phase qui est marquée par les premières manipulations réelles des espèces animales et végétales sauvages est celle qui conduit à la domestication et donc au Néolithique.

 

Période III : Entre 8800 et 6900 avant notre ère

Cette fois, il s’agit bien d’une période néolithique au sens strict puisque c’est entre 8300 et 8000 avant notre ère que nous retrouvons les restes les plus anciens de végétaux et d’animaux de morphologie domestique, c’est-à-dire transformés par l’homme.

Nous sommes maintenant dans une période favorable à la végétation, douce et surtout humide : le couvert forestier se développe un peu partout (feuillus et conifères), sauf dans l’intérieur du croissant toujours.

Comme d’habitude, les traditions héritées des périodes antérieures sont importantes mais il y a aussi quelques changements et innovations. Les villages peuvent atteindre des superficies considérables (jusqu’à 10-15 hectares). Le plan rectangulaire pour la maison se généralise et la fabrication des statuettes s’intensifie. Dans le Levant, les maisons deviennent plus spacieuses et l’espace villageois s’organise autour d’un bâtiment particulier généralement considéré comme un sanctuaire. Les habitats sont parfois installés directement sur les sources de matière première et on connaît les premières traces de mines de silex en Jordanie, ainsi qu’en Israël.

Le mobilier lourd en pierre (Meules et mortiers) augmente en  nombre et il est de plus en plus souvent lié à des espaces extérieurs de l’habitat (enchâssé dans les cours). Les haches polies se développent et finissent par remplacer totalement les haches piquetées. Les bracelets et anneaux en pierre apparaissent. La vaisselle de pierre évolue peu, et se développe une vaisselle blanche réalisée en plâtre ou en chaux. Les statuettes et figurines se développent, plus souvent en argile cuite qu’en pierre ou en os et les figurines humaines sont presque exclusivement féminines.

Un changement spectaculaire est l’apparition d’une véritable statuaire avec, dès 8500, un art monumental sur stèles ou piliers de pierre de plus de 2 m de haut. Ces objets sont découverts dans des bâtiments particuliers interprétés comme des sanctuaires.

Enfin, c’est l’époque des premières fresques sur des murs et des sols de terres. Elles représentent des zigs zags, des motifs solaires, des êtres humains, puis plus tard des animaux comme les autruches.

Concernant l’habitat le passage du plan circulaire au plan rectangulaire est important. Outre les possibilités de dimensions plus importantes au moment de la construction, c’est le passage d’un plan fini à un plan extensible à l’envie par adjonction de cellule.

Les techniques de construction de murs en pierres taillées ou en briques modelées ou moulées se développent à cette époque et le creusement est abandonné : c’est l’invention de la maçonnerie. Des sols surélevés apparaissent à la même époque mais ne sont pas majoritaires.

Les « sanctuaires » ou bâtiments publics au sens large semblent se répandre. Toujours difficiles à interpréter ils se caractérisent par un emploi massif de la pierre. L’organisation collective de l’espace augmente. Les habitats présentent des plans agglutinants, des passages, des plans qui semblent concertés, des places et des enceintes maintenant réelles avec murs et parfois des tours.

Les sépultures connues sont plus rares, en proportion du nombre de sites qu’aux époques antérieures. Cela pourrait signifier l’existence de vrais cimetières extérieurs aux habitats.

Concernant les modes de vie, le premier constat dans le Levant est le changement de la part de la gazelle pour les caprinés dans les restes de faune.

Si la chasse ne disparaît pas, la domestication est avérée à partir de 8300-8000. Il s’agit de la chèvre, suivie numériquement et chronologiquement par le mouton. le bœuf et les cochons.

Au même moment à  peu près, la cueillette n’a pas disparu (blé engrain, blé amidonnier, orge sauvage, lentilles, ers, pois sauvages, glands, amandes, pistaches), mais apparaissent les restes d’engrain, amidonnier et orge domestiques et peut-être lentilles et pois… puis le blé tendre tout cela dès 8000.

C’est aussi un moment d’intensification des échanges à longue distance concernant l’obsidienne mais aussi la vaisselle de pierre parcourant dans certains cas des distances considérables 300 à 400 km.

 

Période IV : De 6900 à 5800 avant notre ère

Dans cette période le système néolithique qui fonctionne à plein régime depuis un millénaire est à nouveau contraint au changement. On observe l’apparition de la céramique, qui est donc bien postérieure et finalement peu liée au développement de l’économie néolithique.

Concernant l’industrie lithique, on observe la fin des approvisionnements de matières à longue distance et un recentrage sur les gîtes locaux en même temps qu’une perte de la qualité esthétique des produits.

Dans le Levant, on constate un abandon des grands villages au profit de petites agglomérations qui ne se concentrent plus dans les couloirs mais gagnent les marges désertiques. A l’inverse de cette stagnation levantine on assiste à l’intérieur du croissant fertile à l’essor mésopotamien.

Ici, l’héritage du Levant est perfectionné. L’agriculture est plus technologique faisant appel à des systèmes d’irrigation et permettant donc la mise en culture à plus grande échelle.

Une industrie très standardisée se développe et en même temps les échanges à longue distance se perpétuent pour les matières premières et se développent pour la céramique.

Dans le domaine architectural, les développements sont spectaculaires avec l’apparition de plans pluricellulaires de 10 à 15 pièces, en briques crues moulées et l’apparition de bâtiments à étages. Les villages sont de superficies modestes mais pourvus d’enceinte.
C’est dans cette région que va se produire la seconde révolution, après la révolution néolithique qui est la révolution urbaine.

Dès 6800 avant notre ère, commence la diffusion de l’économie néolithique vers l’Europe.

C’est l’époque de la grande agglomération de Catal Höyük  qui demeure l’un des sites les plus connus du Néolithique proche oriental, bien que très excentré sur le plateau anatolien et très tardif par rapport au phénomène.

Pour atteindre l’Europe et gagner la France vers – 6 000 ans, le courant Néolithique va passer par deux axes privilégiés :

  • Les plaines d’Europe centrale (c’est le courant « Danubien » ou « Rubané »).
  • Les côtes de la Méditerranée (c’est le courant des poteries dites « Cardiales »).
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