Revivre la Préhistoire

Quand on regarde une hache polie, il n’est pas difficile de la comparer à une hache moderne en fer, même si son maniement est radicalement différent et que la pierre ne donne pas d’indications sur l’intensité des coups que le tranchant peut supporter ou sur sa vitesse d’usure. De même, quand on voit 4 de poteaux en rectangle, on peut avoir à faire à une cabane, un grenier suspendu, les limites d’un petit enclos à bétail ou d’un poulailler ?

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Pour comprendre, l’archéologue dispose de 2 techniques :

– l’ethnoarchéologie ou l’archéologue est passif, il regarde, prend des notes et rapproche ce qu’il voit à ce qu’il cherche à comprendre

– l’archéologie expérimentale ou l’archéologue utilise les matériaux et les procédés qui étaient en usage à l’époque. Il en modifie les paramètres et finit par se faire une assez bonne idée de ce qui pouvait se réaliser jadis, mais sans jamais être sûr que cela se soit réellement passé comme il croit

L’archéologie expérimentale, a été pratiquée dès le XIXe siècle mais elle s’est vraiment développée au cours des dernières décennies.

Plusieurs domaines sont couverts et on va en décrire quelques expériences :

  • Le mégalithisme avec le déplacement d’une grande dalle de couverture de 32 tonnes à Bougon (Jean Pierre Mohen) ou à Stonehenge en 1999 (Cunliffe et Renfrew).
  • Les reconstitutions des maisons de Chalain (Pierre Pétrequin)
  • Le creusement d’un puits de mine à Flins (Françoise Bostyn)
  • Le creusement d’une tranchée pour y loger une allée sépulcrale
  • Le creusement d’une pirogue monoxyle
  • La taille des silex ou les expériences de poterie
  • Le championnat d’Europe de tir

La traction d’un mégalithe à Bougon (JP Mohen).

Quelles sont les techniques qui ont été utilisées par les hommes du Néolithique pour tracter et ériger des blocs de plusieurs dizaines de tonnes ?

On peut se poser la question en voyant le Grand Menhir de Locmariaquer (20,50 mètres pour 280 tonnes). C’est la plus grande et la plus lourde pierre jamais manutentionnée dans toute la préhistoire Européenne et elle fut déplacée sur près de 10 kilomètres, devant même traverser la rivière d’Auray.

De nombreuses théories ont vu le jour : glissement de la dalle sur le sol glacé ou sur un tapis de graines de céréales jouant le rôle de billes, déplacement de la dalle portée par l’eau d’une écluse déplaçable et bien entendu celle de la lévitation !

Dès les années 1970, Richard Atkinson faisait tracter à Stonehenge des dalles par ses étudiants, trente-deux pour un bloc de 1,5 tonne. Mais c’est Jean Pierre Mohen qui a réalisé en 1979 à Bougon, une reconstitution expérimentale de la traction d’un bloc de 32 tonnes et son élévation.

La traction fut réalisée grâce à un système de rouleaux (troncs de chêne) se déplaçant sur deux rails démontables, autres troncs équarris, et grâce à 200 personnes. L’élévation du bloc fut réussie grâce à trois grands leviers actionnés en même temps par vingt personnes pour chaque levier. Les équipes ont utilisé les mêmes matériaux d’origine : rouleaux de bois, cordes végétales tressées, haches polies pour tailler les troncs, pics en bois de cerf et coins en bois pour entailler la roche, percuteurs siliceux pour boucharder et régulariser la pierre.

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En 1997, une nouvelle tentative fut faite à Bougon par l’équipe de Bertrand Poissonnier. Pour réduire le nombre de personnes, ils ont actionné les rouleaux avec des leviers enfoncés dans le cœur même du rouleau, l’avancée de la pierre de 32 tonnes n’a exigé que quelques dizaines de personnes.

Après ces expérimentations, on sait désormais que la traction des mégalithes était humainement accessible, des questions se posent encore sur le cabotage ou la traversée des rivière avec ces blocs de pierre.

La maison de Chalain (P. Pétrequin).

A Chalain (Jura), l’équipe de P.Pétrequin a réalisé deux reconstitutions de maisons néolithiques. Le but était de contrôler leurs hypothèses et de suivre le cycle de vie de ses maisons.

Maison néolithique de Challain

Sur ce site, le choix de construire des maisons et leurs greniers à céréales sur les plages de craie lacustre inondées en hautes eaux a conduit les cultivateurs du Néolithique à modifier l’architecture, en rehaussant les planchers.

Plusieurs solutions vont être adoptées autour des Alpes, du Néolithique à l’Age du Bronze, selon les traditions régionales et en fonction de l’état du milieu forestier : pieux doublés, pieux bloqués sur des poutres de fondation à même le sol, pieux à semelle élargie…  Dans la plupart des cas, le problème est le même : trouver des solutions pratiques pour adapter une architecture de terre ferme aux sols détrempés et de très faible résistance mécanique.

Pour fixer une construction en bois (dont le poids atteint 7 à 9 tonnes) dans des sédiments crayeux gorgés d’eau, il s’agissait d’imaginer non pas tant de quelle façon enfoncer les poteaux-maîtres de la maison, mais plutôt comment empêcher la maison de s’enfoncer sous son propre poids dans les sédiments fluides.
Pour comprendre les modalités de construction d’une de ces maisons à plancher rehaussé, deux approches ont été développées indépendamment l’une de l’autre.

– Une approche strictement archéologique, à partir des fondations d’un grenier daté du 35 ème siècle.

– Une approche ethnographique basé sur les maisons du lac Nokoué au Bénin.

Pour vérifier et critiquer les interprétations archéologiques, il devenait alors nécessaire de réaliser une reconstitution expérimentale grandeur nature.

Il aura fallu 2 mois à une équipe de 6 à 8 personnes pour achever la maison grandeur nature, avec ses 2 bâtiments en bois et son plancher rehaussé.

Ces bâtiments sont aujourd’hui effondrés mais l’évolution de ces ruines faisait aussi partie du processus expérimental.

La construction a résisté  pendant 11 ans à la pluie, aux charges de neige, aux coups de vent et aux inondations. C’est pendant la douzième année qu’elle s’est couchée sur le côté, lorsque les poteaux-porteurs ont pourri à cœur, au niveau du sol.

Huit à douze ans étaient d’ailleurs l’évaluation moyenne donnée par les analyses  dendrochonologiques sur l’espérance de vie de ces maisons sur échasses.

http://www.culture.gouv.fr/culture/arcnat/chalain/fr/mais_const_acc.htm

Le creusement d’un puits de mine à Flins (Françoise Bostyn).

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Le site de Flins-sur-Seine est une minière à silex localisée dans le Nord des Yvelines et connue par de nombreuses prospections au sol dès les années 1920. Elle se trouve en rebord de plateau qui domine la confluence de la Mauldre et de la Seine.

L’objectif de l’expérimentation était de tester :

–          Les techniques mises en œuvre, depuis la préparation des outils jusqu’à l’extraction des blocs de silex,

–          L’efficacité des différents outils, en fonction des matériaux utilisés (bois, bois de cerf, outils en silex) pour creuser le puits en fonction de la nature du substrat

Pour réaliser cette expérience, l’équipe a réalisé :

  • 3 herminettes en silex à manche coudé
  • 3 pics en bois de cerf réalisés sur merrain et premier andouiller
  • 4 pics en bois, buis ou bois tendre, appointés ou biseautés
  • 3 barres à mine en buis (2,30 et 1,80 m de long)
  • Des pointes, des burins et des pieux de faible diamètre (de 0,35 à 1,10 m)
  • Des percuteurs en buis et pierre et un maillet en if
  • 5 omoplates de daguets et des planches en bois utilisées comme pelles
  • Enfin, des paniers en vannerie pour évacuer les déblais.

Au final, le puits creusé présente des dimensions de 1,80 m à l’ouverture, 2,40 m de profondeur et 1,10 m de diamètre au niveau de la dalle calcaire.

Pour une profondeur de 2,50 m, il aura fallu 60 heures de travail réparties sur 10 jours et 3 personnes pour assurer le creusement et l’évacuation des déblais (deux dans le puits et une en surface). Les meilleurs rendements obtenus lors du creusement correspondent à une moyenne de 30 à 40 cm par jour dans le cas d’une faible profondeur.

Les outils en bois sont les plus efficaces sur la terre végétale et le limon, les pointes sont utilisées sur le calcaire dur et la marne, les petites pointes et burins en bois sont utilisés pour déchausser les blocs de silex ou de calcaire et rectifier les parois, les pics en bois de cerf sont faits pour creuser la marne et rectifier les parois.

http://archeologie.yvelines.fr/IMG/pdf/1_Panneaux_expo_Puits_silex.pdf

Le creusement d’une tranchée à Wéris (M.Toussaint).

Le creusement des tranchées d’implantation des allées couvertes à demi enterrées de la fin du Néolithique, particulièrement abondantes dans le Bassin parisien a été testé à Wéris en Belgique.

Les deux allées couvertes de Wéris sont bâties sur un même plan rectangulaire. Longues d’un peu plus de 10m sur environ 4,50m de large, elles présentent un plan classique : vestibule, chambre sépulcrale allongée et une dalle couchée derrière le chevet.

La longueur totale de la tranchée d’implantation de l’allée couverte de Wéris correspond au minimum aux 12 m de la longueur totale de l’allée, vraisemblablement prolongée d’au moins 1m à chaque extrémité, soit environ 14 m.

En admettant que les deux extrémités de la tranchée étaient obliques – pas à plus de 45° – et en tenant compte de la profondeur du creusement, la longueur minimale de la tranchée peut être estimée à 18, voire à 19 m.

La largeur de la tranchée de fondation de l’allée couverte est d’au maximum 6 mètres la base des orthostates latéraux. Le pendage de ses bords latéraux varie de 30° à 45°. Sa largeur sommitale est dès lors de 9 à 11 m.

En tenant compte de ces valeurs et en les pondérant pour s’adapter au léger pendage du terrain où se trouve l’allée couverte, le volume estimé de terre enlevée pour creuser la tranchée est d’environ 190 M3.

L’expérimentation a montré qu’on pouvait déplacer un volume journalier de 1M3 par jour par personne. Il aura fallu moins de 200 journées de travail à un homme pour creuser la tranchée d’implantation de l’allée sépulcrale. Ce qui ne représente même pas 10 personnes actives pendant 20 jours ou, par exemple, 25 personnes pendant une grosse semaine.

En plus de ce temps, il faut 1 semaine pour la réalisation des diverses catégories d’instruments. Dans le cas d’agriculteurs néolithiques, on peut supposer que les outils nécessaires étaient, au moins pour la majorité d’entre eux, en permanence disponibles.

http://www.megalithe.be/sites/default/files/PDFs/SPF_2009-1-p57-72-Toussaint.pdf

Le creusement d’une pirogue monoxyle à Bougon.

En 2003 et 2004, dans le cadre d’un partenariat entre le musée des Tumulus de Bougon et l’Inrap, un projet a vu le jour : réaliser la réplique d’une pirogue monoxyle en chêne découverte en 1979 à Bourg-Charente et datée du Néolithique récent (3620-2910 avant notre ère).

Une grume de chêne a été transformée en une ébauche avancée de pirogue, sans recours au feu pour le creusement. Le temps nécessaire était estimé à environ 30 jours pour deux  personnes inexpérimentées.

La grume de chêne mesurait 6,77 m. de long, pour un diamètre de 0,54 m. au pied et 0,45 m. à l’autre extrémité. La plus grande part du travail de creusement a été réalisée à l’aide d’outils en bois de cerf et en bois, les outils à lame de pierre n’intervenant que de façon ponctuelle. Il est possible que des haches ou merlins en bois de cerf très affûtés (dites « haches-marteaux »), connus depuis le Mésolithique, aient pu remplir, à l’époque, le même office que les outils à lame de pierre sur des essences plus tendres, mais vraisemblablement pas sur du chêne.

La stratégie de façonnage prévoyait de lever un panneau d’une épaisseur de 13 cm sur toute la longueur du tronc, le méplat résultant devant constituer un plan de travail à partir duquel amorcer le creusement, tout en marquant la hauteur finale des bords. Cette opération s’est faite à l’aide de ciseaux en bois de cerf et en os, pour amorcer une fente horizontale et de ciseaux-coins afin d’augmenter la pression exercée.

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Ensuite, les deux extrémités furent creusées simultanément. Le bois de coeur très dur fut attaqué obliquement à la hache ou à l’herminette, ce qui produit de petits copeaux. Pour la zone médiane de la pirogue, la méthode fut la suivante : les haches ou les herminettes creusèrent un sillon à profil en V, de 8 cm de large pour 4 environ de profondeur, perpendiculaire au fil du bois. Ce sillon ouvrait deux fronts d’éclatement, à partir desquels un ciseau appliqué alternativement en plusieurs points allait amorcer la fissuration longitudinale du bois. Le merlin, fortement frappé à l’aide d’un maillet, prit alors le relais au sein des fissures, jusqu’à la levée d’une éclisse.

Au final, après 30 jours, l’ébauche, bien avancée mais non navigable, mesurait 5,77 m. de longueur pour une largeur de 0,46 m. à la poupe et 0,31 m. à la proue.

http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/La-Recherche/Archeopages/Numeros-en-ligne/18-19-20-2007/Numero-18/Pratiques/p-9395-Fabrication-experimentale-d-une-pirogue-monoxyle-e.htm?&previsu=1&dateprevisu=2010-10-27+17%3A12%3A03

Poteries, silex, parures, vêtements…

De nombreux amateurs proposent leurs réalisations, leurs techniques, leurs savoir faire et même des stages ou des formations. Plus d’information sur le site de Paleobox.

http://paleobox.forumactif.com/

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Le championnat d’Europe de tir

Chaque année, un championnat européen de tir aux armes préhistoriques est organisé depuis la fin des années 80. Il regroupe aujourd’hui, autour d’une vingtaine d’épreuves sportives réparties à travers l’Europe, plus de huit cent compétiteurs, archéologues professionnels et amateurs passionnés.

Les manches du championnat se déroulent en milieu naturel, à proximité d’un site archéologique ou d’un musée: le Mas d’Azil, Teyjat, Tautavel…  Il se compose de deux épreuves, tir à l’arc et tir au propulseur. Chaque concurrent dispose de son propre équipement de tir, qui doit être « archéologiquement compatible » avec les matériaux utilisés à l’époque de la préhistoire, sont donc exclu les plastiques, fibres synthétiques et le métal.

http://www.webarcherie.com/forum/index.php/topic/29058-inscription-championnat-europeen-de-tir-aux-armes-prehistoriques/

Découvrez l’association Chalcophore :

http://chalcophore.weebly.com/

 

 

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