Les archers du Néolithique

L’archerie n’est pas une invention du Néolithique, ce sont les chasseurs du Mésolithique, voire ceux du Paléolithique qui ont inventé l’arc. Dès le Paléolithique Supérieur, on retrouve des armatures en Europe, mais celles-ci sont le plus souvent des armatures de propulseurs qui seront utilisés jusqu’à récemment par les Inuits ou les chasseurs Aborigènes.

Pour dater l’apparition de l’archerie, il faut donc être en face d’une peinture rupestre ou mieux, retrouver un arc ou une flèche. En Europe, les plus anciens témoignages datent autour du X° millénaire avant notre ère comme les arcs de Manheim (Allemagne), du marais d’Holmegaard (Danemark) ou encore la flèche de Stellmoor. Ces témoignages sont rares car le bois et les cordes étant périssables, il faut des conditions de conservation bien spécifiques :

  • Un climat très sec (les tombes des Pharaons d’Egypte) qui n’existe pas en Europe.
  • Un climat très froid comme celui des hautes altitudes (on pense à Ötzi).
  • Un milieu très humide (lacs, tourbières…) comme celui des palafittes.

Avec le Néolithique et l’accroissement des populations, ces témoignages se multiplient.

Les arcs du Néolithique.

En Europe, on en est actuellement à 26 arcs complets sur 8 pays (Allemagne, Danemark, France, Irlande, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et la Suisse qui en compte 13) et près de 60 fragments. Ces arcs sont présents sur tout le Néolithique mais surtout autour du 4° et 3° millénaire (liés sans doute à l’apogée des sites lacustres).

Leur longueur est très variable.

  • 4 entre 1,82 et 2,09 mètres
  • 9 entre 1,50 et 1,82 mètres
  • 7 entre 1 et 1,50 mètres
  • 6 de moins d’1 mètre mais certains sont tronqués

La forme des arcs peut varier :

  • Section ronde, ovales, rectangulaire…
  • Avec « renflement » ou « étranglement »
  • Avec ou sans poignée

Mais la typologie la plus intéressante est l’extrémité des branches qui peut présenter des tétons, des languettes, des rainures, des boutons ou des perforations.

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Les arcs sont réalisés à 94% en if (« taxus baccata ») et sont le fruit d’une longue phase de préparation : Prélèvement des billettes, ébranchage, écorçage, séchage, mise en forme par raclage, finition des branches, polissage et test de l’arc.

Les brassards et carquois.

A coté des arcs, on a retrouvé aussi plus de 400 brassards qui sont les protections de l’archer. Le principe est de protéger l’avant-bras du frottement lors du retour de la corde après le tir sans en altérer la corde. Le brassard se place sur le bras gauche pour un droitier et à droite pour un gaucher. On les utilise encore aujourd’hui.

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Au Néolithique, les brassards sont des plaquettes qui, suivant les origines géographiques, peuvent être en schiste, en ardoise, en roche verte… Ces plaquettes sont perforées aux extrémités afin d’y passer un lien et fixer le brassard sur le bras. Pour le Campaniforme (fin du Néolithique), les brassards font alors partie du package que l’on retrouve fréquemment dans les sépultures individuelles de guerriers (76 cas sur les 224 tombes publiées en Europe).

Les carquois ne sont pas très nombreux. On peut en citer 3 :

  • Celui du col du Schnidejoch (Suisse)
  • Celui des Bains des Dames à Saint-Blaise (Suisse)
  • Celui d’Ôtzi en Italie

Au col du Schnidejoch (2756 mètres), ce sont des 3 morceaux d’écorces de bouleau découverts entre 2003 et 2005 qui sont interprétés comme un carquois. La première pièce de 37×15 cm. est une plaque d’écorce prélevée sur un bouleau qui sert de base au carquois. Elle est ensuite recouverte de bandes d’écorces qui sont cousues par croisement simple avec un lien végétal.

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Les 2 autres fragments sont comparables avec une plaque et un habillage en écorce de bouleau maintenu par une ligne de piqûres à plat à croisement simple. A l’intérieur de ce carquois, on a retrouvé 12 flèches dont 2 avec armatures en silex à pédoncule et ailerons ainsi qu’une cordelette d’1 mètre réalisée par tressage de tendons et interprétée comme la corde de cet arc. Au final, on pense que le carquois n’est pas un objet aussi présent que l’arc et les flèches dans la panoplie de l’archer du Néolithique.

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La flèche.

La majorité des études sur les armatures de flèches porte d’abord sur la typologie des formes car il est difficile de les classer selon l’usage. Mais à travers les différentes époques et tous les contextes régionaux, il devient difficile de faire une synthèse des armatures.

Au 4° millénaire et avant, les formes dominantes sont :

  • Les armatures tranchantes
  • Les armatures perçantes : Triangulaires, foliacées et losangiques
  • Les armatures assommantes (pour la Suisse)

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A partir du 3°millénaire, on voit apparaître les armatures à pédoncules et ailerons qui remplacent progressivement les armatures tranchantes. Dans le même temps, la variété des types d’armatures diminuent et après -2500 ans, on ne retrouve pratiquement plus que des armatures à pédoncule.

Toutes ces armatures sont réalisées en matières locales : silex, chaille, jaspe, quartz, obsidienne, os, bois de cervidés ou matière végétale (pour les flèches assommantes).

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Les étapes de fabrication sont assez standard pour une armature à pédoncules :

  • Choix et préparation du support
  • Amorce de la transformation pour dégager la pointe
  • Dégagement du pédoncule et des ailerons

A toutes les étapes de fabrication, le risque de casse est réel et se traduit aussi par la diversité des pointes que l’on retrouve en prospection.

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Vers la fin de Néolithique et la transition avec l’Âge de Bronze, les « pointes Armoricaines » forment un type à part que l’on retrouve presque exclusivement en contexte funéraire (665 pointes sur 34 sépultures). On est alors à l’apogée de la technique de fabrication des armatures.

Armes de chasses ou armes de guerres

L’homme armé d’un arc et l’utilisant est par définition un archer mais est-il un chasseur ou un guerrier.

L’exemple d’Ôtzi peut nous éclairer car il possède la panoplie complète d’archer. Son arc est complet mais il n’est pas encore bander, son carquois comporte 12 fûts de flèches mais seules 2 sont complets avec leur armature. On peut imaginer que c’est une situation normale pour un homme qui s’apprête à franchir un col d’altitude, il n’est donc ni à la chasse, ni en situation de conflit. L’analyse des fractures des côtes C7 et C8 (en cours de cicatrisation) démontre par ailleurs son incapacité à pouvoir pratiquer l’archerie dans les 2 mois qui précédent son décès (impossibilité de tirer à l’arc en pleine allonge comme en sous-allonge).

Mais Ôtzi présente une autre caractéristique, il a une armature de flèche fichée dans son épaule gauche (à 16 millimètres de la « plèvre pariétale »). L’orientation de la pointe suggère une pénétration juste avant le décès dans un axe du bas vers le haut et de gauche à droite. On a souvent évoqué un tireur placé en contrebas mais cet angle peut aussi s’obtenir avec un tireur placé au même niveau alors qu’Ôtzi fait un geste de protection en levant le bras gauche, en se retournant et en s’abaissant pour tenter d’éviter la flèche. En plus, la pointe s’est certainement déplacée car l’angle de la plaie va à l’inverse de celle de la pointe, ce qui implique un tir plus ancien. Cette hypothèse est vérifiée par le manque d’esquilles sur les os et l’absence de traces de colle (brai de bouleau) ou d’extraction du fût de la flèche.

Reste qu’il est difficile de distinguer une armature de chasse de celle pour la guerre. La chasse est très bien attestée par les espèces sauvages retrouvées sur les sites (petit, moyen et grand gibiers : carnivores, animaux à fourrures (renard, castor…), chevreuil, sanglier, cerf et parfois aurochs. On la retrouve aussi beaucoup sur les scènes de chasse des représentations pariétales.

Pour la guerre, les témoignages sont beaucoup plus discrets et les traumatismes osseux sont le plus souvent réalisés par des masses d’armes (hache ou herminette notamment). Au final, pour la France, ce sont 61 cas où le traumatisme osseux est lié à un projectile, encore que de nombreux témoignages sont issues d’anciennes collections (dont les collections du baron de Baye). Quant au nombre d’armatures, il est encore plus limité (14 cas) dont le plus connu est celui d’une vertèbre des « Ronces » à Villevenard (hypogée de la Marne).

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On peut s’étonner de ce faible nombre mais un cas récent de conflit d’archers au Kenya (3 mois de batailles quotidiennes entre les Masaïs et les Kalenjins en 2008 dans l’Olmelil Valley) n’aura fait qu’une vingtaine de morts.

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Le statut de l’archer

Un autre témoin de cette époque est « l’archer d’Amesbury », une tombe Campaniforme découverte en mai 2002 à 5 km de Stonehenge. Cette tombe comporte 2 brassards d’archers et une quinzaine d’armatures à pédoncule et ailerons, dites « du Wessex » (dont 2 ébauches), mais elle est surtout l’une des plus riches fouillées avec :

  • 3 poignards en cuivre,
  • Des ornements de coiffure en or,
  • De nombreux outils lithiques,
  • Une pierre polie rectangulaire (pour le travail des métaux),
  • 4 défenses de sanglier
  • 5 vases.

Tout comme Ôtzi, l’« archer » d’Amesbury souffrait d’un handicap gênant la pratique du tir à l’arc : un « genu flexum » dont l’infection avait atteint le tibia gauche et qui empêchait une position debout sur un temps long sans une forte douleur.

C’est intéressant de noter que cette tombe est celle d’un homme qui n’était plus en capacité de la pratiquer le tir à l’arc depuis plusieurs mois, mais qui était équipé de tout son matériel (armatures prêtes à l’emploi, préformes d’armatures, 2 brassards dont l’un est en connexion anatomique).On peut alors penser que ce choix d’équipement reposait sur le renforcement du statut propre à l’archer et pour préparer le passage dans l’au-delà, avec un package lui permettant de pratiquer à nouveau cette activité dans le nouveau monde.

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Les représentations.

Une autre façon de comprendre le statut de l’archer est celle des représentations graphiques. En Europe de l’Ouest, on recense au moins 354 stèles anthropomorphes et/ou statues-menhirs dont 6 % portent un élément de la panoplie archère (soit 22 stèles).

Sur les stèles de l’Aveyron (9 cas avec présence d’un arc), l’arc est toujours sur l’avant-bras gauche et la flèche est au dessus de l’arc centrée sur le corps d’arc. C’est une position ni logique, ni naturelle qui est plutôt schématique, tout comme la longueur des arcs qui est beaucoup trop courte et presque égale à celle des flèches. Cette schématisation ne permet pas aussi de définir les types d’arcs.

Les 4 stèles anthropomorphes de la nécropole du Petit-Chasseur à Sion (Suisse) sont plus précises sur les éléments d’archerie. Les arcs sont aussi à l’oblique mais la flèche est positionnée à l’intérieur de l’arc. La finesse des stèles permet de mieux détailler les objets : les arcs ont des extrémités de branches très débordantes en arrière de la corde d’arc, il n’y a pas de poignée et les flèches ont toujours une longueur quasi équivalente à l’arc.

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Au final, on peut être étonné par le faible nombre d’archers sur les représentations alors que les milliers d’armatures témoignent de l’usage quotidien de ces arcs. On ne peut donc pas vraiment parler d’un véritable statut de l’archer dans le Néolithique Européen. L’arc est un objet du quotidien que tout à chacun peut fabriquer localement (jusqu’à l’âge du Bronze) par opposition aux haches et poignards (lithique et métallique), voire aux crosses, qui cristallisent une véritable attention des populations (réseau de diffusion, thésaurisation de pièces hautement techniques, représentations…).

Ce n’est que vers -2 300 ans, avec le Campaniforme, que la présence de brassards, indique peut-être une nouvelle valeur à cet équipement.

Pour en savoir plus, je vous conseille cette lecture : http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00655169

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