Au Nord c’était les corons !

Au IV° millénaire avant notre ère, les besoins en silex, et plus particulièrement en lames de haches adaptées au défrichement de la forêt primaire, sont en plein expansion. Ils entrainent dans le Nord de la France (et en Belgique) la création de véritables minières de silex dont voici un rapide aperçu des plus connues.

Le site de Spiennes (au sud de Mons, en Belgique) est connu depuis le milieu du XIXème siècle. Il s’étend sur une surface de plus de 100 hectares et fut exploité au Michelsberg se poursuivant au Seine-Oise-Marne (soit entre 4300 à 3000 ans avant notre ère). A raison d’un puits tous les 4 ou 6 mètres, le nombre total de puits néolithiques pourrait avoisiner 20 à 30 000 unités !

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La méthode d’extraction dépend de l’accessibilité à la matière première. Sur les flancs de la vallée, là où le silex affleure, on creuse de courtes galeries ou des petites carrières. Sur les plateaux, à Petit-Spiennes ou au Camp-à-Cayaux, le silex a pu être exploité grâce à de simples fosses de 3 mètres de profondeur mais aussi par des puits d’accès de 6 à 15 mètres à la base desquels se développent plusieurs galeries d’extraction de bancs de silex sur des longueurs allant jusqu’à 6 mètres.

Les productions réalisées dans les ateliers de Spiennes sont principalement des haches, mais aussi des ciseaux, des lames et des pics utilisés uniquement sur le site pour l’extraction. Ces lames et les haches ont circulé et ont été échangées, mais l’aire de répartition de ces circulation reste méconnue.

Plus d’informations : http://minesdespiennes.org/

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En France, les mines de Jablines (Seine et Marne), connu depuis les années 80 ont fait l’objet d’une fouille extensive en 1989 à l’occasion des travaux du TGV. Sur le site, plus de 1000 structures dont 766 entrées de puits d’extraction ont été relevé grâce à un décapage de 500 mètres sur 70. Une centaine de puits, échantillonnés en fonction de leur emplacement et de leur morphologie, devaient être initialement fouillés. Mais compte tenu de difficultés techniques, 58 puits seulement ont pu être intégralement explorés.

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Comme à Spiennes, on distingue des simples fosses d’extraction à 2 mètres et des puits d’accès de 4 à 7 mètres structures avec galeries. Ces puits d’accès traversent d’abord un premier banc de silex, exploité de façon secondaire ou négligé pour aller chercher un banc inférieur par un système de galeries rayonnantes, communiquant la plupart du temps entre elles et avec celles des structures voisines par de petites chatières.

Le creusement des structures et l’extraction du silex étaient effectués à l’aide d’un outillage spécifique en bois de cerf dont les traces restent imprimées sur les parois des galeries mais aucun outil d’extraction en silex n’a été identifié. Les productions sont des grandes séries de haches taillées dont les plus grandes devaient être exportées entre aux mêmes époques que celle de Spiennes. Cette mine n’est pas isolée dans la région et appartient à un complexe minier d’une douzaine de sites identiques.

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Parmi les autres principales mines de silex, on peut citer celles de Flins, d’ Hardivillers-Troussencourt dans l’Oise ou de Ri en Normandie.

A Flins-sur-Seine, la mine, connue depuis les années 20, s’étend sur une surface de 15 hectares dont 5 hectares réservés à l’extraction. Les lames de haches, qui ne sont pas polies sur place, sont majoritairement de petite à moyenne taille (< 15 cm de long) avec quelques pièces de grande taille (jusqu’à 30 cm) essentiellement retrouvées sous forme de haches polies qui se diffuent dans un rayon de 50 kilomètres autour de la minière.

Les lames de haches d’Hardivillers-Troussencourt sont connues depuis le début du XX° siècle pour leur similitude avec celles de Spiennes (silex de couleur tràs blanche). Elles sont fait l’objet d’un ramassage intense depuis 100 ans et d’une fouille dans les années 50 qui décrit des puits et galeries semblables à celles de Jablines.

Les mines de Ri sont connues depuis 1990. Elles ont été partiellement fouillées en 2007, à l’occasion de la construction de l’autoroute A88, reliant Falaise à Argentan. C’est la plus récente des fouilles de Minières. Sur une surface de 2 hectares, quelques 600 puits et réseaux de galeries ont été recensé mais le site s’étend lui sur une trentaine d’hectares.

Là encore, on retrouve des fosses de 1 à 10 mètres de large lorsque le silex affleure et des puits d’extractions en forme d’entonnoir pouvant atteindre 4 à 6 mètres de profondeur et desservant deux à trois niveaux de galeries superposés. Dans chaque puits a été retrouvé au moins un bois de cerf, pioche des mineurs. Au fur et à mesure du temps, ces puits sont comblés après utilisation avec les déchets  et déblaiements des nouveaux puits.

La fouille de la minière de Ri permet d’en savoir plus sur l’importance des activités minières au Néolithique Moyen. Sur le site, on estime le nombre de puits entre 7500 et 9000 et l’analyse des bois de cerfs montre une utilisation sur 270 ans (entre -3700 et -4100 ans), soit une trentaine de puits ouverts chaque année. Ce sont les mêmes datations que pour Jablines.

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La profondeur des puits est variable suivant la profondeur des bancs de silex :

  • Des fosses creusées à même le sol (entre 60 cm et 1,2O mètres sous le décapage). Chaque fosse produit environ 200 kilos de blocs de silex.
  • Des puits en cloches ou des tranchées à ciel ouvert de profondeurs moyenne (entre 1,30 et 2 mètres). c’est la majorité des puits car c’est le moyen le plus efficace. Ici,  chaque fosse produit environ 500 kilos de blocs de silex.
  • Des puits très profonds (jusque 4 mètres) avec des galeries (jusqu’à 7 mètres de longueur) qui sont plus rares mais ont pu produire jusqu’à 3,5 tonnes de silex.

Sur les 600 puits, 550 ont été fouillés qui ont livré :

  • 427 bois de cerfs (1 puits sur 3 et jusque 10 outils dans les puits les plus profonds
  • 1000 pics en silex
  • 6 tonnes de mobiliers en silex
  • 355 ébauches de haches taillées

Sur l’ensemble de la mine, on estime que 20 000 tonnes de silex ont été extrait, pouvant servir de support à la réalisation de 1,5 millions de haches !

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Les études expérimentales montrent qu’il faut en moyenne 194 kilos de silex pour réaliser une quinzaine de haches taillées (soit 13 kilos par lame). On part de boules de silex (entre 15 et 30 kilos) et il faut ½ heure à 1 heure pour façonner une hache, ce qui est très faible par rapport à la phase de polissage qui dure plusieurs heures, même avec une technique de « polissage à la poutre ». Ces étapes de façonnage se font dans un rayon de 5 kilomètres autour de la minière.

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