Comment identifier vos silex ?

En vous promenant le week-end, vous pouvez tomber sur un silex et vous demander si c’est taillé ou non, si c’est Néolithique ou non et si c’est un outil ou un simple éclat ?

On va essayer de vous aider mais si vous voulez en savoir plus, je vous conseille la lecture des bouquins de JL Piel-Desruisseaus ou encore de poster vos découvertes sur les forums d’identifications.

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Commençons par définir le silex. Si on consulte Wikipédia, le silex est « une roche sédimentaire siliceuse très dure constituée de calcédoine presque pure et d’impuretés telles que de l’eau ou des oxydes ». De différentes couleurs (blanc, noir, beige, marron, miel…), on le trouve en général sous forme de plaques ou de rognons dans les couches de craies ou de calcaires. Les blocs sont alors recouverts d’une croûte crayeuse qu’on appelle le cortex.

Mais ce qui nous intéresse, c’est que le silex se taille dans toutes les directions et produit alors des éclats extrêmement tranchants que l’on peut transformer en outils. Pour arriver à son objectif, le tailleur va utiliser 2 techniques : la percussion (directe ou indirecte si on se sert d’une pièce intermédiaire) ou la pression (en appuyant une pointe sur le silex afin d’obtenir des retouches).

Sur le sujet, je vous renvoie au site de Bernard Ginelli et à ses vidéos très didactiques.

http://www.ginellames.fr/

Une fois que l’on a identifié qu’un silex a été taillé, on va se demander sa nature et sa fonction. Pour commencer, on va s’intéresser au débitage. Soit il s’agit de fabriquer des lames (débitage laminaire), soit on a cherché plus simplement à fabriquer des éclats. Malheureusement pour vous, la très grande majorité des silex taillés que vous allez trouver en prospection sont des éclats produits par l’action de taille et de débitage. Si certains peuvent être utilisés bruts, la plupart ne sont que des « chutes » dont la caractéristique est de ne pas avoir été retouchés.

C’est par ses retouches qu’on va produire des enlèvements qui progressivement vont transformer la lame ou l’éclat en outil. Pour se faire, le tailleur va utiliser différents techniques qui vont produire une gamme d’outils correspondant chacune à une utilisation précise.

Outil emblématique du néolithique, la lame de hache en silex est un outil caractéristique du Néolithique dans le Bassin Parisien. On trouve des lames taillées ou polies sans qu’il soit toujours facile de distinguer si la lame taillée est un outil fini ou une simple étape avant le polissage. La forme des haches polies en silex est assez homogène avec un profil aux contours arrondis, une coupe ovale, un tranchant formé de deux biseaux, un talon parfois en pointe et des flancs arrondis ou facettés.

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Mais la taille peut varier de quelques centimètres à plus de 30 cm. On peut distinguer les lames à emmanchement direct dans le bois et celles à emmanchement indirect via une gaine en bois de cerf. Dans ce dernier cas, les lames ne feront pas plus de 8 à 10 cm. Sans compter que ces lames s’usent très rapidement ou peuvent se briser. Dans la plupart des cas, la lame que vous retrouverez est donc dans son état d’abandon, c’est-à-dire trop petite pour être efficace ou bien brisée et non réparable.

En proportion, les lames de haches polies en silex en parfait état sont très rares, sauf en contexte funéraire où elles peuvent jouer un rôle votif et atteignent parfois des dimensions qui donnent à ces objets un rôle plus symbolique qu’utilitaire (> à 20 cm.).

La lame de l’herminette n’est pas facile à distinguer de la hache. Pour faire simple, une herminette, c’est une hache dont le sens du tranchant pivote à 90° et devient perpendiculaire à l’axe du manche. Elle s’utilise en général par des coups verticaux d’avant en arrière pour creuser le bois comme on le fait avec une gouge ou équarrir les troncs d’arbre. Les lames sont en général assez étroites mais pour les reconnaître, le mieux est de regarder le profil car le tranchant est asymétrique et légèrement incurvé.

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Pour obtenir ces haches et herminettes, il existe de véritables minières (voir l’article sur ce blog) car la demande est énorme. En 1903, Hippolyte Müller, conservateur au Musée Dauphinois fait les premières expérimentations sur le sujet : Par exemple, à partir d’un rognon de 6 kilos de silex gris, il obtient en 75 mn. de taille puis 10h30 de polissage une hache polie de 185 cm. de long sur 6 cm. de large et 3,8 cm d’épaisseur pesant 500 grammes. Il précise que cette hache est « loin d’être complètement polie ». Avec cette lame et un emmanchement direct, il abat un chêne de 24 cm. de diamètre après 2200 coups sans vraiment user le tranchant.

Le tranchet est un autre outil emmanché destiné au travail du bois, qui s’utilise en coups verticaux comme une herminette. Son tranchant transversal se forme à partir de 2 surfaces d’éclatement qui forment un angle de plus ou moins 60°. Leur forme est triangulaire et ils peuvent être taillés sur une seule face ou sur les deux. Dans ce dernier cas, on observe souvent une trace de coup latéral pour réaliser le tranchant qu’on appelle « le coup du tranchet ».

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Encore plus étroits sont les ciseaux qui peuvent être taillés ou polis. Il ne faut pas les confondre avec les ciseaux Scandinaves dont la section est carrée. Dans le Nord de la France, les ciseaux en silex sont des outils cylindriques et allongés en forme de fuseau.au tranchant plus étroit que celui des herminettes. Ces outils sont partiellement ou entièrement polis mais les plus beaux spécimens (>15 cm.) sont rarement trouvés intacts car plus ils sont longs, plus ils sont fragiles.

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Pour obtenir tous ces silex, les mineurs se servent de gros pics en silex. Ce sont des outils solides et allongés dont la pointe est épaisse et souvent émoussée. Leur taille peut aller jusqu’à 30 cm. et ils peuvent s’utiliser à la main ou emmanchés en direct. On les retrouve souvent dans les minières où ils sont complémentaires des pics en bois de cerfs utilisés pour dégager les rognons de silex.

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Le grattoir est l’outil le plus courant retrouvé en prospection. Fabriqué depuis le paléolithique Supérieur à partir de lames ou d’éclats, il se caractérise juste par des retouches qui vont créer un front bien régulier de forme circulaire. On pense que la plupart étaient emmanchés et que leur utilisation première était de gratter les peaux mais aussi l’os et les écorces de bois.

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Les racloirs sont des outils fabriqués sur éclats mais plus massifs que les grattoirs. On les reconnait car le tranchant est formé sur un des côtés. Pour le reste, on les classe en fonction de l’axe de leur tranchant par rapport à l’éclat.

Mais pour la période et la région qui nous concerne, le mieux est de s’intéresser au « racloir à encoches » typique du Néolithique Final. C’est un racloir tiré d’un éclat ou d’une lame assez large dont le tranchant est formé par une série de retouches parallèles qui forment des petits enlèvements concaves. A chaque extrémité, 2 encoches facilitent l’emmanchement latéral sur un manche en bois. A noter que pour certains auteurs, les outils sur éclats seraient des productions domestiques alors que les outils sur lame seraint produits dans des ateliers spécialisés comme au Petit-Paulmy – Grand-Pressigny. L’utilisation première de ces outils et de couper, ou plutôt « d’erusser » les céréales, d’où leur autre nom de « scie à encoches ».

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Mais pour couper et notamment pour les travaux de boucherie, le plus simple est aussi d’utiliser un couteau qui est un outil connu depuis le Paléolithique.

Pour le réaliser, on prend n’importe quel éclat ou lame dont on va retoucher un bord. Lorsque l’autre bord est gardé brut, voire avec son cortex, on parle de couteau à dos naturel. Mais pour un meilleur confort, certains couteaux peuvent être polis pour en éliminer les aspérités mais on peut aussi les emmancher en les fixant grâce à une colle faîte de goudron végétal (brai de bouleau chauffé).

Le stade ultime du couteau est le poignard. C’est un outil plus qu’une arme dont les fonctions sont les mêmes que pour le couteau mais qui se distingue par sa taille, ses techniques de mise en œuvre et souvent, son statut.

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Les plus connus dans la région sont les poignards en silex du Grand-Pressigny fabriqués entre 2650 et 2450 ans avant notre ère et sont souvent facilement reconnaissables grâce à leur couleur miel (mais ils peuvent aussi être gris). Les lames sont fabriquées à partir de gros nucleus et font jusque 38 cm. de longueur, leur profil suit celui du nucléus et forme une courbe dont les bords sont retouchés. Lorsque ces retouches sont parallèles sur toute la surface de la lame, on peut parler de retouches en écharpes.

Les poignards sont très rares en contexte domestique car très fragiles. Ils sont d’ailleurs souvent réutilisés après cassures en scies à encoches, en perçoirs, en lames de couteau ou en grattoirs.

En fait, ce que vous trouverez la plupart du temps sont des simples lames brutes ou retouchées. Pour les distinguer des éclats, on estime que leur longueur doit être 2 à 3 fois la largeur. Des dizaines de lames sont ainsi  débitées à partir d’un seul nucléus et on observe souvent le point d’impact sur le talon de ces lames. Si ces lames sont un support pour beaucoup d’outils déjà évoqués (grattoirs, couteau, poignard), elles sont aussi utilisées comme éléments de faucilles. Dans ce dernier cas, il peut se former un lustré caractéristique dû aux « phytolithes » contenus dans les céréales, c’est-à-dire au frottement avec des minéraux cristallisés et présents dans la plante.

Certaines lames ou lamelles sont appelées denticulés ou micro-denticulés. Dans ces cas là, le tranchant de la lame présente une succession de coches qui lui donne un profil en dents de scie. Cela étant, on trouve aussi des denticulés fabriqués à partir de petits éclats.

Toutes ces lames, couteaux et poignards laissent une trace : le Nucleus. Ce n’est pas un outil mais plutôt un bloc de silex qui porte les traces « d’épannelage », c’est-à-dire de débitage des lames même si on trouve aussi des nucléus à éclats.

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Les nucléus à lames les plus caractéristiques sont les nucléus pyramidaux ou mieux encore les fameuses « livres de beurre » en silex du Grand-Pressigny. Sur ces nucléus, on part d’un gros rognon de silex qu’on décalotte sur le haut pour réaliser un plan de frappe. Ensuite, l’épannelage va consister à débiter le bloc pour obtenir au final une douzaine de lames de 35 cm. à 25 cm. en fonction du reliquat disponible.

Pour percer les peaux en cuir, les néolithiques utilisent des poinçons en os ou en bois de cerf mais pour la pierre, les os, les coquillages ou les pendeloques en dents animales, ils ont recours aux perçoirs en silex sur lames comme sur éclats. L’outil se présente comme une pointe dégagée avec laquelle on va percer à la main par rotation.

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S’agissant des armatures de flèches, je ne reviendrai pas sur le sujet, d’autant que les flèches perçantes sont assez faciles à identifier (pédoncules et ailerons, losangiques ou triangulaire) quoique bien souvent cassées à la pointe. Cela dit, la grande majorité des armatures du Néolithique dans le Nord de la France sont des flèches  tranchantes, c’est-à-dire que la partie active est le fil de la lame. Les expérimentations montrent d’ailleurs la plus grande facilité à les fabriquer et l’efficacité de ces pointes pour créer des fortes hémorragies sur la cible par rapport aux flèches perçantes.

Reste enfin des outils que vous rencontrerez moins souvent au Néolithique comme le retouchoir (aussi appelé briquet) qui est un petit pic donc la pointe est émoussé à cause du frottement répété pour créer une étincelle sur une marcassite.

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Pour en savoir plus, je vous conseille (encore et toujours) le bouquin de Jean Luc Piel-Desruisseaux, Outils préhistoriques, du galet taillé au bistouri d’obsidienne, Paris 2002, éd. Dunod.

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