Innover dans la monumentalité

Au Néolithique, on voit apparaître des monuments qui impressionnent par leurs dimensions ou par le travail mis en œuvre et qui sont souvent destinés à perpétuer un souvenir, une religion ou des symboles…

On peut distinguer :

  • Des habitats monumentaux
  • Des sépultures monumentales
  • Des édifices publics monumentaux (temples ou autre lieux de cérémonies
  • Des monuments au sens stricts

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Cette monumentalité existe depuis le Néolithique Ancien avec les enceintes composées de fossés et de palissades autour des villages du Rubané (Darion en Belgique). Ces enceintes ont une vocation défensive mais aussi une fonction ostentatoire.

Mais c’est surtout à partir du Néolithique moyen, dans la seconde moitié du 5e millénaire, que la monumentalité se développe et se répand largement. Les enceintes se répandent largement, dans le monde chasséen par exemple en France. Celles-ci peuvent enclore les villages mais elles vont aussi avoir d’autres fonctions qui sont interprétées comme des lieux de rassemblements quel que soit la nature de celui-ci (commercial, politique, religieux…).

C’est surtout le moment du développement d’une monumentalité funéraire importante avec toutes les variétés de sépultures mégalithiques qui apparaissent au nord-ouest de l’Europe, mais aussi avec des monuments non mégalithiques comme la nécropole monumentale Cerny de Passy.

Mais dès la fin du 5e millénaire et pendant le 4e millénaire, on voit le développement d’autres formes de monuments dont la fonction ne va plus être défensive ou funéraire et dont les interprétations vont être plus difficiles à établir. Il s’agit des menhirs dont la mode va se répandre sans doute avec celle des tombes mégalithiques mais dont la fonction demeure inconnue même si les élucubrations sur le sujet ne manquent pas.

Ces menhirs peuvent être isolés, c’est même le cas le plus fréquent, mais ils sont aussi assez souvent en groupes (généralement de deux, parfois plus) ou en files de quelques pierres et parfois, mais seulement parfois en nombreuses files de nombreuses pierres. Leurs dimensions sont aussi très variables puisqu’il existe des micro-menhirs qui peuvent difficilement être qualifié de mégalithes et de très grandes pierres dont quelques cas ont subsistés jusqu’à ce jour comme celui de Locmariaquer avec 20 mètres de long. Ces menhirs ne sont pas rares puisque 700 sites à menhirs sont aujourd’hui recensés en Bretagne.

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Les grands rassemblements de menhirs comme ceux de Carnac compte encore 3000 menhirs mais on en évoque le chiffre de 10 000 pour restituer les monuments d’origine. Ces grandes files de menhirs s’étendent sur des distances pouvant atteindre 1 km. Ces files se fondent sur la topographie du paysage et ne sont pas implantés au hasard car elles sont associées à des enceintes de menhirs, des levées de terres, et des sépultures, mais pas toujours et pas partout.

Les interprétations de ces alignements de menhirs sont nombreuses.

Les moins folkloriques sont les interprétations astronomiques et ces monuments auraient été conçus en fonction de données célestes, mais au-delà de cartes du ciel ou de calendriers, ce sont surtout des monuments à caractère religieux ou commémoratif.

A la fin du 4e et pendant le 3e millénaire, les menhirs vont parfois s’organiser en monuments circulaires appelés cromlechs. En Angleterre on pense tout de suite à Stonehenge, mais ces monuments étaient initialement composés de poteaux de bois comme à Woodhenge, tout à coté de Stonehenge. Parmi ces monuments, il faut signaler celui d’Avebury avec ces 400 mètres de diamètre, son énorme fossé et ses mégalithes. Depuis ce vaste cercle une « avenue » bordée de menhirs file vers la région de Stonehenge et se suit sur plusieurs kilomètres.

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On peut aussi évoquer les « Cursus »,  Il s’agit de deux cordons de terre parallèles pouvant avoir un à quelques mètres de hauteur et faire des centaines de mètres, des kilomètres et jusqu’à 10 kilomètres de longueur pour le Dorset Cursus. Celui qui fait partie du vaste ensemble préhistorique de Stonehenge mesure déjà 2700 m de longueur.

Dans le même ordre d’idée, certaines sépultures monumentales sont des chambres mégalithiques inclues dans des tumulus gigantesque comme ici le West Kennet long Barrow qui mesure plus de 100 m de long. A quelques distances, se trouve la colline artificielle de Silbury Hill, le tumulus le plus élevé de la Préhistoire avec une quarantaine de mètres de hauteur de terre rapportée. Sa fonction est inconnue étant donné que les fouilles n’ont pas montré la présence de sépulture à l’intérieur du tumulus. On évoque la possibilité d’une plateforme où aurait pu se dresser un temple.

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C’est l’idée qui est retenue aussi pour la pyramide du Monte d’Accoddi dans le nord de la Sardaigne. Il s’agit d’un édifice beaucoup plus modeste mais déjà important et dont le sommet de la terrasse présente une unique construction réduite, datable du 4e et 3e millénaire avec plusieurs réfections et exhaussement de la pyramide.

Nous sommes là très vraisemblablement dans le domaine religieux ou politique, c’est-à-dire des constructions collectives qui n’ont pas d’usage défensif ou funéraire mais probablement des lieux de rassemblement ou de cérémonies.

Dans le domaine des temples, toujours au 4e millénaire, l’île de Malte nous offre quelques beaux exemples. Il s’agit de constructions mégalithiques présentant des plans tréflés, avec une organisation récurrente, avec des systèmes d’accès successifs menant à un sein des seins où se trouvent souvent un ou plusieurs autels.

Mais la fin du Néolithique est aussi marquée par le développement de nouvelles enceintes qui tranchent radicalement avec celles du Néolithique ancien et moyen. Celles-ci se trouvent dans la Péninsule Ibérique et correspondent à une série de sites importante dans le sud de l’Espagne et au Portugal, généralement érigés à la fin du 4e ou au début du 3e millénaire mais qui sont agrandis et transformés tout au long du 3e millénaire jusqu’à l’époque campaniforme et même au début de l’âge du Bronze.

Ces grandes constructions, quelle que soit leur destination, leur fonction, ont en commun de nécessiter l’intervention de l’ensemble du village, voire de plusieurs villages réunis pour leur édification et même ensuite pour leur entretien, leur réfection…

Il s’agit tout d’abord de monuments qui appartiennent à un groupe qu’il s’agisse de l’enceinte autour de l’habitat ou de la sépulture collective. Concernant cette dernière, il s’agit aussi sans doute de glorifier les ancêtres du groupe et donc d’assurer une cohésion sociale. Mais cette cohésion peut aussi se trouver dans le travail collectif nécessaire à la réalisation des monuments qu’ils soient défensifs, commémoratifs, religieux ou politiques.

Plus encore que cela : les classes dirigeantes occupent sans doute le peuple par ce type de travaux qui complètent l’emploi du temps lorsque les travaux des champs et les activités domestiques sont réduites. Cette cohésion sociale ou chacun doit trouver sa place est une marque dans le paysage pour les autres groupes, les voisins qui ne peuvent que voir de loin les grands monuments domestiques ou funéraires.

La monumentalité du Néolithique ce n’est donc pas que des dolmens qui font jolis sur les photos de Bretagne, ce n’est pas que des enceintes autour de villages de paysans qui craignent les voleurs et les loups, c’est sans doute le signe de la mise en place de systèmes sociaux, politiques ou religieux ou les deux qui préfigurent tout à fait les sociétés que nous connaissons aujourd’hui.

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