Comprendre Stonehenge

Après plus de 10 ans de recherches, le professeur Mike Parker Pearson, de l’University College à Londres, a présenté le 8 mars 2013 une nouvelle théorie sur la signification de Stonehenge. Ce n’est pas la première, ce ne sera pas la dernière… mais c’est l’occasion de faire un point sur toutes ces théories qui nous en disent plus sur nous que sur le site énigmatique !

Une nouvelle théorie qui nous en dit plus sur nous que sur le site.

Pour Parker Pearson, le site est utilisé comme cimetière pour les élites vers 3 000 avant Jésus-Christ (il se base sur les restes de 63 inhumés). Puis progressivement, il devient un lieu de rassemblement pour des fêtes communautaires vers -2 500 ans (il se base alors sur plus de 80 000 restes osseux).

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Les peuples de toute la Grande-Bretagne se retrouvent alors pour célébrer les deux solstices. Et Pearson indique même que jusqu’à 10% de la population de l’île pouvait se rendre à ces grandes fêtes, Stonehenge apparaissant alors comme le témoin de l’unification de l’île.

Je cite le professeur Parker Pearson :

  • « Stonehenge was a monument that brought ancient Britain together, »
  • « Only time in prehistory that the people of Britain were unified. »
  • « What we’ve found is that people came with their animals to feast at Stonehenge from all corners of Britain – as far afield as Scotland. »

Le déclin de Stonehenge s’expliquant ensuit par l’abandon de la culture communautaire et l’arrivée de populations plus individualistes…

Je ne suis bien sûr pas un spécialiste de la question mais cette vision « idéale» de Stonehenge me rappelle le mythe des Lacustres du siècle dernier en Suisse. Comme le dit Marc-Antoine Kaeser, les villages sur pilotis constituent alors une belle métaphore de la Suisse, sûre et imprenable. Ses habitants sont perçus comme solidaires, toujours prêts à se serrer les coudes et les outils retrouvés sur les sites de fouille confortent l’idée d’une Suisse travailleuse et pacifique… Ce mythe de la station lacustre n’a volé en éclats que dans les années 1970 avec l’apparition de la dendrochronologie.

Petite histoire des différentes théories sur Stonehenge.

Chaque théorie est marquée par son époque.

La première théorie connue date du 1er siècle avant notre ère. Diodore de Sicile décrit alors ce qui peut apparaître comme Stonehenge : « Il y a au-delà de la Celtique, dans l’Océan, une île qui n’est pas moins grande que la Sicile. (…) On voit dans cette île une vaste enceinte consacrée à Apollon, ainsi qu’un magnifique temple, de forme ronde, orné de nombreuses offrandes » (in Bibliothèque Historique).

La deuxième théorie date du Moyen-âge. Au XII° siècle, c’est d’abord Henry of Huntingdon qui décrit (in Historia Anglorum) : « Stanenges », où « les pierres de tailles extraordinaires, ont été érigées sous la forme d’une porte d’entrée, sans que l’on sache qui a pu les concevoir ni pourquoi elles ont été construites ».

Peu de temps après, en 1136, c’est Geoffroy de Monmouth (in « Historia Regum Britanniae ») qui attribue l’origine de la construction de Stonehenge à l’enchanteur Merlin. Au V°siècle, c’est lui qui aurait conseillé au roi Aurelius Ambrosius d’ériger un monument à la mémoire des 3000 chevaliers morts dans la bataille de Salisbury contre le roi des Saxons. Merlin aurait donc transporté ces pierres depuis le légendaire Mont Killaraus en Irlande, où elles formaient déjà une « ronde des géants ». On peut trouver cette légende amusante mais c’est quand même la première fois que Stonehenge est perçu comme un « cimetière » et que ces pierres viennent d’ailleurs.

Cette théorie va perdurer jusqu’au XVII° siècle. Le site de Stonehenge est alors un lieu de visite et c’est le Duc de Buckingham James 1er qui fait faire les premières fouilles sur place. Ces recherches font l’objet d’une publication de John Webb en 1655 qui attribute le monument à la conquête romaine car son plan est conforme à l’architecture Toscane classique, avec 4 triangles – les trilithes – entourés d’un cercle de pierre (in The most notable antiquity of Great Britain, vulgarly called Stone-Heng, on Salisbury Plain, restored).

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Dans la foulée, Charles II demande en 1649 à John Aubrey de dresser le premier plan du monument mégalithique (Monumenta Britannica). C’est lui qui découvre les « trous d’Aubrey » et qui est le premier à comparer Stonehenge avec d’autres monuments britanniques (Avebury) mais aussi à des régions qui n’ont pas connues l’occupation romaine (Danemark). Il en conclue que ce sont « des temples de prêtres de l’ordre des druides ». Les druides étant les seuls prêtres indigènes mentionnés par les textes romains.

Avec les travaux de John Aubrey, on est passé de la déduction à l’observation sur le terrain. Entre 1721 et 1724, William Stukeley arpente donc le site de long en large et il est le premier à observer que le monument est orienté au Nord-est  « en direction du lever du soleil, au moment où les jours sont les plus longs ». A ce moment, les rayons du soleil sont aussi pratiquement alignés avec la Heel Stone. Mais on sait aujourd’hui que la déclinaison du soleil change avec le temps et que l’alignement avec la Heel Stone au solstice d’été aurait été moins précis il y a 5000 ans. Stukeley découvre enfin que la compréhension du site dépasse le cercle de pierres et identifie « l’avenue » et le « Cursus ». Pour autant, il en reste à l’explication du temple qu’il attribue au chef des druides de Grande-Bretagne.

Au XIXe siècle, les fouilles s’accélèrent avec William Cunnington qui fouille à Stonehenge par trois fois avant sa mort en 1810. Entre 1874 et 1877, le professeur Flinders Petrie fixe la numérotation des pierres qui est encore en usage aujourd’hui et alors que les archéologues font peu à peu disparaître la théorie du temple druide, on assiste au renouveau de mouvements « néo-druidiques ». Dès 1905, « l’Ancien Ordre Druide » réunit ainsi 259 de ses membres sur le site et se font un large écho dans la presse qui se moque de cette assemblée.

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Ces néo-druides proposent bien sûr leurs propres interprétations dont on peut citer celle de H. Broomes en 1864. Il part des alignements astronomiques pour dater la construction de Stonehenge en -977. C’est le moment où l’étoile Sirius était passée au-dessus de « l’ Avenue ». Pourquoi pas !

Dans ce registre, la théorie la plus connue est celle de Gérald Hawkins en 1965. Il présente l’hypothèse du « calculateur astronomique » dans son livre Stonehenge Decoded. Sa théorie se fonde sur l’étude, par ordinateur, de 165 caractéristiques significatives du monument afin d’en vérifier les alignements entre eux et tous les points de lever et de coucher du soleil, de la lune, des planètes et des étoiles brillantes dans les positions qui auraient été les leurs en -1500. Il en tire 13 corrélations solaires et onze lunaires et propose même une méthode permettant d’utiliser les 56 trous d’Aubrey pour prévoir les éclipses de lune en déplaçant les marqueurs d’un trou à l’autre.

Son grand adversaire est Richard J. Atkinson (Rayon de lune sur Stonehenge en 1966) qui souligne que certains des trous étaient plus probablement des dépressions naturelles et qu’Hawkins s’était autorisé une marge d’erreur maximale de deux degrés, entrainant une probabilité de trouver ces alignements entre 165 points à 50% de chance au lieu du million avancé par Hawkins.

On peut passer rapidement sur les élucubrations de MW Postins qui, en 1985, fait le parallèle entre 5 (hypothétiques) trilithes et les 5 planètes visibles à l’œil nu pour expliquer la position du monument et sa signification.

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Toutes ces théories sont exotiques, mais il n’en reste pas moins que ce monument avait un lien avec le solstice comme le sont d’autres mégalithes célèbres (Newgrange en Irlande). On pense plus précisément au solstice d’hiver si on s’en tient à l’âge des porcs qui ont été abattus par dizaines près du Durringhton Walls. Il est crédible de penser que des populations aient pu se rassembler pour célébrer le premier jour du « retour du soleil » qui devait être important pour des sociétés d’agriculteurs.

Avec la découverte de l’archer d’Amesbury en 2002, Stonehenge devient un lieu de pèlerinage. L’homme, inhumé à 5 km du monument, est originaire de Suisse. Il est handicapé de la jambe gauche suite à un accident qui lui a brisé la rotule du genou quelques années auparavant. Cet homme, issu de l’élite, se serait donc rendu volontairement à Stonehenge, comme on se rend à Lourdes de nos jours, pour bénéficier des vertus curatives des « pierres bleues » du cercle !

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En 2012, l’heure est à la « Star Academy ». Pour le chercheur américain Steven Waller, Stonehenge est maintenant un moyen d’amplifier les chants et les sons qui sont émis pendant des grandes cérémonies collectives. Pour conforter sa thèse, il explique que les échos sont les esprits de la roche dans les mythologies anciennes.

En synthèse on a donc chronologiquement :

  • Un temple dédié à Apollon au 1er siècle avant notre ère
  • Un mémorial de Merlin et un cimetière au XII° siècle
  • Un temple romain au XVII° siècle
  • Un temple druidique au XVIII° siècle
  • Un calendrier solaire en 1965
  • Une émanation des planètes en 1985
  • Un lieu de pèlerinage en 2002
  • Une illusion acoustique en 2012
  • Et j’ai passé toutes les théories New-Age avec Ovnis et « petits hommes verts »

Au regard de cette longue litanie, la nouvelle théorie du professeur Mike Parker Pearson n’apparait ni comme une nouveauté (le cimetière et le lieu de rassemblement sont des vieilles théories), ni comme une surprise. On peut effectivement imaginer un monument qui associe le culte du soleil, la mémoire des anciens et un grand lieu de rassemblement. De là à en faire un symbole de l’unité des peuples de la Grande-Bretagne, on tombe dans un excès d’interprétation qui n’est pas propre à notre époque !

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