Ils ont inventé la roue.

L’élevage apparaît en Mésopotamie vers  -10 000 ans avant notre ère. Mais l’utilisation de l’animal pour tracter un chariot ou un araire est beaucoup plus tardive. A l’origine, l’animal n’est en effet perçu que comme « une réserve de nourriture sur pattes » même s’il apporte aussi tout un complément de matières premières pour l’artisanat (tendons, os pour faire des poinçons…).

La traction animale et plus précisément l’association Joug / Timon / Machine tractée suppose une gestion bien différente du cheptel animal et répond à des besoins sociaux ou économiques qui n’existent pas encore à cette époque.

En Europe, comme en Mésopotamie, les preuves de traction animale avec joug et timon apparaissent vers le milieu du 4°millénaire. Alors que s’est il passé entre -10 000 et -3 500 ans ?

Attelage mont bego

Vers -8 000 ans, on observe les premières utilisations des « produits secondaires » de l’élevage. A force de croisement génétiques, les moutons commencent à produire de la laine (à l’origine, ils portaient des poils) et grâce à une meilleure alimentation, les bovins augmentent leur productions laitières qui permet de faire des faisselles et autres produits laitiers. L’animal commence à être géré pour autre chose que le produit de son abatage.

Vers -6 500 ans, c’est le début de la traction animale (attestée vers -5 200 dans les Balkans). On ne parle pas encore de paire d’animaux appareillés mais d’un âne tirant, à l’aide de sangles, un tribulum pour dépiquer les céréales. On peut supposer qu’à cette époque, il était aussi utilisé pour tirer des brancards. Dans les zones où le silex est moins abondant, le dépiquage se fait avec un rouleau que l’animal tire en faisant des ronds.

Vers -4 500 ans, c’est la naissance des premières cités en Mésopotamie. Les élites de ces cités commencent à accumuler des biens et des richesses qui viennent de plus en plus loin (plusieurs milliers de kilomètres pour les lapi-lazulis par exemple). Le besoin de transport est réel.

En parallèle, l’agriculture se développe dans des milieux où l’irrigation est primordiale pour faire ruisseler l’eau. C’est donc là qu’apparaissent les premiers araires pour creuser ces sillons plus profonds.

Travois Chalain 2

Le couple Joug / Timon / Chariot apparait donc vers -3600 ans comme une synthèse de plusieurs éléments déjà existants :

  • La traction avec tribulum
  • Le joug et l’araire pour l’irrigation
  • Un besoin croissant pour le transport.

Il existe aujourd’hui 3 hypothèses pour situer l’origine de cette nouveauté :

  • Une hypothèse Moyen-Orient avec une diffusion rapide sur 3000 kilomètres vers l’Europe via l’Anatolie, la Mer Noire, les Balkans et le centre de l’Allemagne et enfin le Danemark
  • Une hypothèse Sud de l’Ukraine avec une diffusion rapide sur 1600 kilomètres vers d’une part l’Europe et d’autre part le Moyen-Orient
  • Une hypothèse de 2 centres (Moyen-Orient et Mer Noire) qui apparaissent au même moment.

Roue et travois

Pour essayer de valider telle ou telle hypothèse, il est intéressant d’analyser les conditions de déploiement en Europe où les datations sont beaucoup mieux connues depuis une vingtaine d’années. Mais quels sont les indices qui indiquent le développement de ce phénomène ?

Il y a d’abord des indices directs :

  • La présence des roues dans les sites lacustres. A date, on en a retrouvé une vingtaine dont les plus anciennes apparaissent avec le Horgen en Suisse (Roue monoxyle à Zurich vers -3200 ans)
  • La présence de travois comme celui de Chalain 19 (Jura) qui est daté de -3000 ans
  • La  présence de joug ou de timons en bois (Joug à Arbon vers -3380 ans)
  • La présence d’araire tractée (le plus ancien trouvé en Europe est un araire dental à Walle  vers -2570 / -2460 ans)
  • Les sillons d’araires que l’on retrouve sous les tumulus en pierre tant en Scandinavie (16 cas) que dans l’Italie du Nord vers -3400 ans

traces labours

Mais il y a aussi des témoins indirects :

  • Les petites roues en céramique (parfois confondues avec des fusaïoles
  • Les représentations gravées du val Camonica ou de la Vallée des Merveilles
  • Les décors de vase en céramique
  • L’analyse des courbes d’abatages des bovins
  • L’analyse des usures et déformations osseuses des bovins
  • Le renforcement des chemins de planches des villages lacustres pour supporter des charges lourdes (Concise sur le lac de Neuchâtel vers -3270 ans)
  • L’organisation des villages qui passent de parallèle à la rive à perpendiculaire à la rive avec une rue central pour faciliter le passage des chariots.
  • Et même les dolmens sous podium triangulaires qui reprennent la fore des travois (Sion vers -3000 ans)

Tous ces changements apparaissent en Suisse entre -3500 et -3300 ans puis -2700 ans dans toute l’Europe. Il parait donc difficile d’imaginer une diffusion aussi rapide depuis le Moyen-Orient vers l’Europe (3000 km. soit 400 km. par an) pour une telle innovation qui a du susciter des refus au sein des populations locales alors qu’une diffusion au départ des bords de la Mer Noire semblerait plus réaliste (200 KM par an).

Mais la question n’est pas encore tranchée.

Pour en savoir plus : http://www.cerimes.fr/le-catalogue/un-travois-pour-les-dieux-lac-de-chalain-31e-siecle-av-j-c.html

 

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