Les Palafittes, témoins de la vie quotidienne

Si la Préhistoire est encore appelée « l’âge de pierre », on peut vraiment parler pour le Néolithique de « l’âge du bois », c’est ce que nous démontrent depuis plus d’un siècle les ramassages puis les fouilles des gisements présents dans les lacs Alpins.

CHALAIN

L’histoire commence durant l’hiver 1853-1854 à Obermeilen sur les bords du lac de Zurich.  Une période de basses eaux exceptionnelle met au jour les vestiges d’une station de palafittes, comprenant de nombreux pieux émergeant de la craie lacustre. Aussitôt informé, l’archéologue et antiquaire Ferdinand Keller (1800-1881), saisit l’importance exceptionnelle de la découverte et rédige dès 1854 un Rapport sur les palafittes, attribuant les vestiges observés à des constructions lacustres préhistoriques, bien antérieures aux « Antiquités Celtiques ».

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Cette découverte et les travaux de Keller sont à l’origine de l’image idyllique des « Cités lacustres » et se propagent dans toutes l’Europe. Il faut dire que jusqu’à lors les fouilles ne portaient presque essentiellement que sur des tombes recelant des offrandes funéraires: armes et bijoux. Alors que dans les habitats lacustres, on découvre la vie quotidienne de nos ancêtres. Comme les « antiquaires » trouvent peu d’armes, on en déduit que ces communautés sont pacifiques et qu’elles se mettent à l’abri des dangers en vivant sur des plateformes dominant un lac. C’est l’image d’une société solidaire, égalitaire, pacifiste, travailleuse qui ressemble à un paradis perdu.

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En France, la découverte des villages littoraux du Jura remonte à la fin du XIXème siècle. Après des découvertes fortuites dans la première moitié du siècle, une sécheresse inhabituelle en 1870 fait apparaître, dépassant le fond du grand lac de Clairvaux, des bois que Jules Le Mire, propriétaire du lac, identifie comme des vestiges de maisons sur pilotis identiques à celles découvertes en Suisse quelques années auparavant. Très vite, le site est prospecté par les antiquaires et collectionneurs qui vont en piller les couches superficielles jusqu’à la première guerre mondiale.

A Chalain, l’abaissement artificiel de 9 mètres du niveau du lac pour un captage hydroélectrique provoque en 1904 l’effondrement d’une grande partie des rives, découvrant des villages du Néolithique et de l’Age du Bronze sur plusieurs hectares. C’est alors une véritable ruée des collectionneurs qui doivent payer un droit « d’exploitation » au propriétaire du lac pour enrichir les collections publiques et privées grâce à une bonne conservation des vestiges sous le niveau de l’eau et l’extraordinaire abondance des témoins archéologiques.

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Il faut attendre 1970 pour que des recherches modernes soient mises en place sous la direction de Pierre Pétrequin qui réalisera 37 campagnes annuelles de fouille à Chalain et à Clairvaux avant que ces sites soient classés et protégés au titre des Monuments historiques, constituant de vastes réserves archéologiques pour l’avenir.

 

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Aujourd’hui, on recense  plus de 750 gisements archéologiques datant de -4300 ans à -800 ans avant notre ère dans les 6 pays de l’arc alpin que sont la Suisse, la France, l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne et la Slovénie.

L’intérêt de ces sites réside dans la conservation presque parfaite des matériaux les plus fragiles dans un milieu humide. En effete, sur la terre ferme et sur sols secs, les objets en bois ou les restes botaniques se décomposent en quelques années. Mais sans oxygène atmosphérique, les micro-organismes destructeurs n’ont aucune chance de se développer et immergés dans des lacs ou des sols tourbeux constamment humides, les restes organiques survivent au temps. Ainsi, ces sites présentent des conditions de conservation exceptionnellement bonnes.

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Sur les fouilles en site lacustres, les milliers de pieux de construction permettent de reconstituer non seulement les plans, mais aussi l’aspect des bâtiments, des villages, et même l’histoire de ces villages. En effet, grâce à la dendrochronologie, méthode de datation des bois à l’année près, on connait par exemple la date de construction de chaque bâtiment. On voit donc se succéder les villages et chaque couche apporte son lot d’objets du quotidien, de restes alimentaires ou de témoignages des activités qui y ont été pratiqué (cuisine, stockage, aire de rejet, pêche, taille…).

Aucune autre archéologie préhistorique au monde ne dispose de datations aussi précises que la recherche en milieu lacustre. Les sites de fouilles lacustres possèdent donc un potentiel scientifique énorme en nous permettant d’accéder aux cultures du passé. Elles sont donc d’un intérêt majeur pour de nombreuses sciences de la nature et devraient légitimement être reconnus par l’UNESCO en 2011.

Pour en savoir plus : http://www.palafittes.ch/fr/index.html

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