Néolithique, Mégalithisme et Astronomie

Il existe une littérature abondante et plus ou moins fantaisiste sur le rôle des architectures mégalithiques comme « observatoire astronomique ». En même temps, une analyse factuelle montre que les sites les plus emblématiques du Néolithique Européen obéissent souvent à une orientation précise, souvent en lien avec les solstices.

C’est le cas du Tumulus de Newgrange (Vallée de la Boyne en Irlande), daté vers  – 3200 ans, dont le fond de la chambre n’est éclairé par la lumière du soleil levant que le jour du solstice d’hiver.  Même chose à Stonehenge (vers -2500 ans) où les recherches récentes du Professeur Mike Pearson prouvent que le fer à cheval des 5 trilithes est d’abord orienté vers le lever du soleil sur l’horizon au moment du solstice hiver (alors qu’on a longtemps pensé que l’orientation recherchée était celle du solstice d’été au coucher du soleil).

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Au-delà des iles Britanniques, on voit que le couloir du fameux cairn de Gavrinis (vers -3500 ans) est orienté, lui aussi, sur le lever du soleil au solstice d’hiver. L’iconographie de ses gravures se compose d’ailleurs de nombreux signes interprétés comme des rayons solaires ou des « chevelures flamboyantes » autour d’idole en écusson. En Bretagne, l’orientation des mégalithes n’est pas un sujet nouveau. Déjà en 1895, Félix Gaillard écrit dans son étude sur « L’astronomie préhistorique » que les alignements, coffres et dolmens Morbihannais s’ouvrent « dans l’axe de l’horizon du lever du soleil au solstice d’hiver ».

En Allemagne, le site de Goseck, découvert en 2002, présente une orientation similaire dès – 4900 ans. Il s’agit d’un enclos de 75 mètres de diamètre composé de 3 cercles concentriques de terre et d’épieux de bois avec chacun 3 ouvertures. Les 2 portes orientées au Sud désignent les directions de lever et de coucher du Soleil au solstice d’hiver alors que la porte Nord est orientée sur le méridien marquant le Nord astronomique. Pour le Professeur Wolfhard Schlosser, le cercle de Goseck est le plus ancien observatoire astronomique connu en Europe même s’il était surtout utilisé à des fins astrologiques et agricoles. Il permettait aux premiers agriculteurs européens de déterminer avec précision le calendrier de leurs travaux agricoles.

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D’où la question qui agite le microcosme de l’archéoastronomie et de l’ésotérisme : Les hommes du Néolithique ont-ils érigé des monuments mégalithiques pour observer le ciel ?

A partir de l’étude de plus de 300 sites mégalithiques dans les années 50, Alexander Thom relève les orientations par rapport au soleil, prend en compte la déclivité du terrain, mesure la forme et la position de chaque pierre pour aboutir à un « calendrier mégalithique » de 16 mois jalonné par les solstices, les équinoxes et des dates intermédiaires.

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Pour lui beaucoup de sites, marqués parfois par de simples menhirs, pourraient être de véritables observatoires où les levers et couchers de la lune et du soleil sont observés avec précision. Cependant, sa méthode est contestable dans la mesure ou il ajoute que « sur site je décèle une orientation lunaire ou solaire particulière par la disposition de quelques pierres, je cherche un détail sur l’horizon qui semble marquer cette orientation, j’en trouve un, donc c’est un site astronomique ». Rien ne dit que ce n’est pas une coïncidence et rien ne dit que ces sites n’ont pas été perturbés ou démolis dans le temps.

Si on prend le cas de Goseck, Le Professeur Schlosser va beaucoup plus loin qu’une « construction calendaire » et il y voit aussi « une construction sacrée ». Pour lui, le site est destiné à l’observation des phénomènes astronomiques (mouvements des astres comme la lune, le soleil, les étoiles et les planètes), mais aussi pour suivre le déroulement du temps. L’objectif étant de lier ces cycles célestes à l’accomplissement des rites mais aussi à la planification des semailles et des moissons.

La théorie de Schlosser tient du bon sens. Les hommes du Néolithique sont d’abord des agriculteurs. Or le solstice d’hiver devait être un marqueur calendaire essentiel, annonciateur du rallongement des jours et surtout de la saison agricole à venir. Par conséquent, une bonne connaissance du cycle solaire relevait d’un enjeu majeur de subsistance. Il est également probable qu’un tel événement ait été l’occasion de célébrations religieuses à proximité des monuments, bien que les données archéologiques actuelles ne nous permettent d’énoncer que des hypothèses à ce sujet.

Vers -4900 ans, les agriculteurs du Néolithique sont présents depuis près de 500 ans. Ils connaissaient le cycle lunaire, les solstices et la position de certaines constellations dont celle des Pléiades qui disparaissent du ciel du Nord au printemps et qui réapparaissent à l’automne, marquant toujours les cycles de semailles et de récoltes.

On peut imaginer que des sites comme Goseck leur permettaient de recaler leur calendrier lunaire (qui est en moyenne de 29,5 jours, soit 354 jours par an) avec le cycle des saisons basé sur le soleil. Il leur suffisait d’attendre le solstice d’hiver pour remettre à zéro leur calendrier lunaire au moment précis de l’arrivée du Nouveau Soleil. A ce jour, plus de 200 sites comme Goseck ont été repérés en Allemagne, Autriche, Slovénie et République Tchèque.

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Newgrange Megalithic Passage Tomb Kerbstone

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Ce type de calendrier dit « luni-solaires » a par la suite été utilisés par plusieurs civilisations antiques comme les Chinois, les Grecs, les Romains, les Gaulois, les Hébreux, les Macédoniens…

On ne peut évoquer Goseck sans parler du disque de Nébra découvert à moins de 30 km de là. Ce disque de Bronze est beaucoup plus récent (vers -1600 ans) mais il reprend la même iconographie avec la lune, le soleil, la barque solaire, les Pléiades et l’orientation sur l’horizon des solstices d’hiver et d’été. Il est tentant de proposer une certaine filiation entre le site Goseck et le disque de Nébra, pourtant situés à 2300 ans d’écart. Cette mythologie est d’ailleurs présente dans toutes les civilisations de l’Age du Bronze, de l’Egypte des pharaons aux peuples Scandinaves. Pour tous ces peuples, il existe un une barque transportant l’astre solaire à travers le ciel nocturne entre le coucher et le lever du jour.

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L’observation des astres est donc une longue tradition depuis les débuts du Néolithique jusqu’à l’Age du Bronze. Entre ces deux époques, on peut signaler le calendrier de Knowth (complexe de Newgrange en Irlande) daté vers -3200 ans. Parmi les 127 pierres décorées, la Kerbstone K52 serait un calendrier luni-solaire selon Martin Brennan. Pour simplifier, on y voit une série de 31 vagues représentant les jours solaires qui sont entourés de 29 jours lunaires qui rappellent la différence entre les 2 calendriers. Parmi les 29 lunes, les 7 du haut marquent les différentes phases lunaires. On retrouve ces signes sur d’autres mégalithes de la vallée de la Boyne.

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En conclusion, on peut douter qu’il existait des véritables observatoires astronomiques dès le Néolithique. Mais on est sûr que les hommes suivaient le ciel à des fins pratiques, pour fixer la date des travaux agricoles ou celles de certaines festivités. Ces sites devaient également servir de Temple (Stonehenge) ou de lieu d’initiation (Gavrinis) où se pratiquaient certains rites, voire des sacrifices de bœufs destinés à être consommés par la communauté au cours de grands banquets.

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Une réflexion sur “Néolithique, Mégalithisme et Astronomie

  1. Ces alignements pourraient concernées aussi des pierres plus discrètes, comme certaines pierres à cupules en montagnes alignées avec des pics remarquables du paysages. Un de mes correspondants dans le haut Languedoc m’a signalé quelques alignement qui pourraient être significatifs, qui mérite au moins que l’on se pause la question. J’avais vu quelques cas possibles dans les Alpes mais en moins évident.
    Vous pouvez les voir sur cette page de mon site : http://oldmaps.free.fr/cupules/mc4.php

    Sur le reste du site une étude amateur sur les pierres à cupules et certaines pierres gravées en lien avec ces pierres.

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