Des haches par milliers

La hache polie est LE symbole classique et éponyme du Néolithique.

C’est un outil omniprésent dans toutes les parties du monde qu’on retrouve à des centaines de milliers d’exemplaires.

A croire parfois que les « néolithiques » n’ont produit que des haches !

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L’explication tient d’abord dans la facilité d’identification. Les lames de haches polies sont très proches des lames de haches en métal et n’importe quel promeneur l’identifiera (et la ramassera) alors qu’un tranchet, un grattoir, ou une lame brute sera plus facilement confondue avec un vulgaire « caillou ».

Conséquence, il y a plus de 150 ans que les lames de haches sont collectionnées, cataloguées, référencées et comparées. D’ailleurs elles retiennent l’attention depuis toujours car les Romains les intégraient déjà dans les murs des maisons pour protéger celles-ci de la foudre! Mais c’est depuis le début du XIX° siècle que les amateurs « d’antiquités celtiques » en font des collections, les classant par tailles, par couleurs, par formes, par matières… Le résultat est sans doute une forte sur-représentation des haches polies dans les collections.

On peut quand même s’interroger sur cette multitude de lames.

Pour bien comprendre, il faut se rappeler que le Néolithique, c’est surtout un « âge du bois ». Comme l’ont démontré les archéologues des sites lacustres de Chalain (Jura), la moindre petite maison nécessite la coupe de plus de 300 arbres et arbrisseaux, soit environ 5 stères de bois. On pense d’abords aux poteaux en perche ou en bois de refend et aux planchers tirés de longs fûts bien réguliers. Mais il y a aussi la couverture des toits en écorces cousues, le brelage des poteaux en lanières ou en fibres d’écorce, les superstructures en perches, les palissades de protection, les chemins de planches…

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A ces éléments, s’ajoutent aussi les ustensiles (louches, récipients, batteurs), les outils et armes (manches, arcs, flèches), les capes de pluie en sparterie végétale et surtout le bois de chauffage aussi bien pour la cuisson des aliments que pour celle des poteries.

Le besoin de bois est donc énorme et pour couvrir ce besoin, on utilise les haches et herminettes en pierre polie. L’archéologie expérimentale nous apprend que s’il ne faut que 10 minutes pour couper un frêne de 10 cm. de diamètre, il faudra 1 à 2 heures pour un diamètre de 20 à 30 cm. Il y a un accroissement du temps de coupe supérieur à celui du diamètre de coupe. C’est la raison pour laquelle les très gros fûts (40 cm.) ne sont pas abattus mais écorcés et cernés pour les faire sécher sur pied avant d’être mis à terre.

En plus de la consommation de bois, l’autre raison majeure du nombre de lames de haches est le développement de la déforestation.

Pour subvenir aux besoins en blé ou en orge d’une famille de 5 personnes, il faut au minimum 2 hectares de terres cultivables qui seront pris sur la forêt. Dans des terres moyennes et sans apports d’engrais ni de fumier, la terre va vite s’épuiser et les mauvaises herbes vont réapparaitre. Il faut donc éclaircir un nouveau territoire tous les 2 ans.

De même, on sait que l’élevage ne se fait pas en pâture avant le Néolithique Final. Les animaux sont élevés en sous bois et se nourrissent de jeunes rameaux, ce qui oblige les hommes à entretenir la forêt tout comme on peut penser qu’ils le faisaient pour la chasse (une coupe favorise toujours le couvert végétale et plaît aux animaux).

A ces 2 effets (besoins croissants de bois et déforestation), s’ajoute l’accroissement des populations au Néolithique (quand les conditions climatiques sont favorables) qui va jouer sur cette demande de haches polies.

Et en parallèle, on va voir une évolution dans les typologies et les usages de haches. Au Néolithique Ancien et Moyen, la tendance va vers des lames de plus en plus grandes. On est alors sur des forêts primaires, et peu à peu, le développement des mines (silex, dolérite, pélite-quartz…) permet de combler le besoin de matière première et de sortir des grandes lames. Vers -4500 ans, on est à l’apogée des grandes haches avec les haches de prestige en jade alpine et les grandes haches en silex de la culture de Cerny.

Vers -4200 ans, ce sont les premières gaines en bois de cerf. On est de plus en plus souvent sur des forêts secondaires et l’arrivée de ces nouveaux types d’emmanchements (gaines à tenons ou gaines transversales) rend tout aussi efficace les petites lames avec le bénéfice de ne pas avoir à refaire un manche en bois à chaque fois qu’il se fend et de répondre à la raréfaction des longues lames et des matières premières.

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A partir du 3° millénaire, la généralisation des lames en métal marque la fin d’une époque. Pour le Néolithique du Nord de la France, la lame de hache est remplacée, dans son rôle symbolique, par les grandes lames de poignards.

En conclusion, on comprend mieux pourquoi on a ces milliers de haches polies :

  • Elles sont facilement identifiables
  • Elles sont ramassées depuis très longtemps
  • Elles reflètent un besoin croissant en bois
  • Elles permettent un accès à l’agriculture et facilitent l’élevage en sous-bois

 

 

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