Le début de notre histoire

Un nouveau mode de vie au Néolithique

Après avoir passé des milliers d’années à chasser et à cueillir des plantes sauvages, l’homme du Néolithique décide de modifier totalement son comportement et de se fixer plus durablement. Il se mettre à semer des céréales et des légumineuses, faire reproduire des animaux en captivité et vivre dans des villages selon des règles partagées par leurs habitants.

Comme l’explique très bien Jean Guilaine, ce moment n’est pas la fin de la Préhistoire, mais plutôt le début de l’histoire. Car ces populations, désormais rurales, sont assez vite confrontées à la plupart des problèmes des communautés historiques : pulsions démographiques, politiques de colonisation, implantation de frontières, maîtrise de la nature, luttes pour le pouvoir, conflits inter-villages…

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On récolte ce qu’on a semé.

A la faveur de conditions météorologiques plus favorable, l’homme du Levant se sédentarise progressivement à partir de -12 000 ans. Il récolte les céréales sauvages qu’il stocke et qu’il transforme en farine et se rend compte que celles-ci repoussent chaque année à l’endroit où on les a stockées.

De chasseur cueilleur, il devient paysan.

Ce changement de vie implique des rythmes économiques totalement nouveaux. Là où le chasseur consomme son gibier rapidement et repart en quête de nourriture, le paysan, joue le long terme : il sème mais il sait que la récolte ne viendra que beaucoup plus tard. Il est dans l’obligation de stocker pour pouvoir disposer de réserves et pour pouvoir semer l’année suivante. Le paradoxe est que le temps consacré par le chasseur à l’acquisition de sa nourriture est inférieur à celui que l’agriculteur doit investir dans la préparation des champs, la mise en culture, les récoltes, le traitement de celles-ci et leur conservation, le gardiennage des troupeaux et leur entretien, etc.

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En plus d’un mode de vie et d’une gestion du temps différents, on peut se demander pourquoi il a décidé (ou pourquoi il a été contraint) de se compliquer la vie ?

Les avantages sont nombreux à commencer par une économie de production – agriculture et élevage – qui apporte une sécurité supérieure à la chasse et à la collecte, qui donne accès à une alimentation plus maîtrisée et plus disponible et qui permet de nourrir un plus grand nombre de bouches qui seront autant de bras pour travailler et bénéficieront d’une meilleure espérance de vie.

Mais revenons sur les innovations du Néolithique qui structure encore notre monde moderne.

Ruraux et citadins.

Si la sédentarisation n’est pas le propre du Néolithique, elle est le fait déclencheur de ce changement de mode de vie. Les premières maisons en dur apparaissent avec les chasseurs-collecteurs natoufiens (entre -12 000 et -10 000 ans) mais c’est au Néolithique que ces maisons circulaires sont remplacées par le plan rectangulaire qui renforce la stabilité de l’édifice et permet un découpage interne plus complexe de l’espace domestique.

Les innovations techniques liées à ce mode de vie sédentaire sont nombreuses :

  • Imaginer un village, trouver un emplacement adéquat,
  • Etudier les contraintes du sol, faire le plan d’une maison,
  • Identifier et déplacer les matières premières
  • Devenir charpentier, couvreur, maçon…
  • Trouver des nouvelles techniques (clayonnage, brelage, pilotis…)
  • Réaliser des ouvrages collectifs (palissades, chemins de planche, grenier…)

Maison néolithique de Challain

Pour imaginer la complexité des techniques à mettre en place, on peut juste pendre l’exemple de la fabrication d’une hache polie. Il faut en effet réaliser 5 composants qui vont faire intervenir des dizaines de savoir-faire :

  • Pour la lame :
    • Extraction et débitage des blocs,
    • Façonnage des ébauches,
    • Bouchardage ou taille des lames,
    • Polissage,
  • Pour la gaine :
    • Chasse du cerf,
    • Découpe du bois,
    • Évidage de la gaine,
    • Polissage de la gaine,
  • Pour le manche :
    • Taille des arbres,
    • Raclage du bois,
    • Mortaisage
    • Polissage du manche,
  • Pour les liens :
    • Cueillette
    • Rouissage des végétaux,
    • Broyage des fibres,
    • Torsion des liens,
  • Pour la colle :
    • Cuisson des écorces de bouleau avec des céramiques,

Hache

Qu’elles soient petites et en pierre comme à Çatal Höyük ou énormes et en bois comme chez les Danubiens, ces maisons se regroupent aussi en villages et même en villes de plusieurs hectares dès le début du Néolithique. Inventer le village puis la ville nécessite aussi d’inventer de nouvelles relations entre les individus avec un antagonisme entre l’individu et l’identité communautaire.

Une société plus hiérarchisée et des artisans spécialisés.

Le village et son mode de vie impose une certaine hiérarchisation. Mais ce sont les pratiques funéraires qui témoignent le mieux de ces changements. Les grands tertres sépulcraux du Morbihan sont réservés à des personnages de haut statut social. On évoque alors des « rois-prêtres » qui guident et conduise les communautés.

Il est évident que pour construire les grandes sépultures (réservées à quelques uns), il faut une forte hiérarchisation. On le voit aussi au travers des travaux collectifs (palissades et chemins de planches de plusieurs centaines de mètres, grands bâtiments collectifs). On le voit en observant des sépultures collectives en bois par opposition à des sépultures mégalithiques. On le voit dans la mise en place d’activités « industrielles » (les minières, les carrières, les salines… On l’identifie enfin dans certaines tombes contenant des objets extraordinaires (or, jades alpins, bracelets…).

Le « bling-bling », le « haut-clergé », les « industriels » et les « énarques » sont déjà là au Néolithique 🙂

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Dans les villages, on voit apparaître des activités artisanales qui sont liées à de vrais spécialistes. Au Viso, seuls quelques hommes ont le savoir faire pour réaliser des ébauches de lames de grandes tailles, au Grand-Pressigny, le débitage sur « livre de beurre », même si il n’est que saisonnier, est assuré par des maîtres tailleurs et leurs apprentis, en Suisse, les premiers métiers à tisser (vers -3000) ne se retrouvent que dans certaines maisons, la maîtrise des arts du feu (surtout la métallurgie) a sans doute était réservée à des spécialistes avant de se généraliser à l’âge de Bronze…

Dans les maisons, les sépultures et sur les gravures rupestres, on observe aussi une différenciation grandissante entre les femmes et les hommes. Aux hommes les haches pour défricher mais aussi pour réaliser des alliances et communiquer avec les dieux. Aux hommes les carquois et les flèches pour aller à la chasse comme pour aller à la guerre. Aux femmes, l’espace domestique (le four, les silos) et les produits agricoles avec son matériel de mouture et ses provisions.

Cette organisation sociétale, avec des chefs, des prêtres, des paysans, des artisans et peut être même les premiers guerriers vers la fin de la période se met en place au Néolithique et se prolonge encore au XXIème siècle.

Des innovations techniques à la pelle.

La liste des innovations techniques qui subsistent encore de nos jours ne sera pas exhaustive mais on peut citer :

  • Les techniques agricoles : Labours croisés, engrais naturels, sélection des céréales, silos, jachères, horticulture, araire, fléau, planche à dépiquer…
  • L’élevage et l’exploitation des produits secondaires : Produits laitiers, laine…
  • Les techniques industrielles : extraction par le feu, puits de mine, salines…
  • L’artisanat : Polissage de la pierre, filage, tissage, sparterie…
  • Les arts du feu : Céramique réfractaire (cuisson à 800°) et métallurgie du cuivre et de l’or (vers -3100 en France)
  • La traction animale : Jougs, travois et araire (vers -3400 en Suisse)
  • La roue pour les chars vers -3200 en Suisse
  • Les cadastres visibles sur les gravures du Mont Bego
  • Les systèmes hydrauliques : Barrages, irrigation, puits
  • Des nouveautés en cuisine : Bouillies dans les céramiques réfractaires, silos de stockage, plats, assiettes, bouteilles, cuillères…
  • La viticulture et le brassage des bières au 5 ème millénaire,
  • et même une première « comptabilité » avec des sceaux liés aux échanges de biens en Mésopotamie.

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Certaines de ces techniques permettent de produire des denrées ou des objets qui vont parfois être échangés sur des longue distances.

Des échanges à longue distance.

Dès le Néolithique Ancien, on peut suivre le déplacement d’outils comme des haches ou des lames de couteaux mais aussi la circulation de parures comme des coquilles marines, des anneaux alpins ou encore des pendeloques vertes.

On considère qu’il n’y a pas d’échanges pour les cas de circulation de matières premières à partir de gîtes qui sont exploités par des groupes venant en expédition à la recherche des matériaux et qui les remportent avec eux. Mais il y a échange pour des objets finis ou semi-finis très stéréotypés provenant potentiellement d’un même atelier.

Quelques exemples :

  • Les haches alpines en jadéitites dont les ébauches quittent le Nord de l’Italie pour rejoindre le Bassin Parisien, la Bretagne, l’Ecosse, l’Espagne ou encore la Bulgarie.
  • Les pendeloques en variscite et les haches en fibrolite qui quittent l’Espagne pour rejoindre le Morbihan, attirée par des élites en mal d’objets exotiques.
  • Les haches en dolérite Bretonne qui assure la demande locale mais se retouvent aussi (pour les types à section ovalaire) jusqu’au Danemark.
  • Les perles en ambre qui irriguent toute l’Europe pendant la deuxième moitié du 4 ème millénaire
  • Les premiers objets en cuivre et en or qui ne seront pas produits avant le 3 ème millénaire en France mais qu’on retrouve dès -3500 en provenance de l’Est de l’Europe
  • Les spondyles, des coquillages marins de mer Egée qui font 2 000 kilomètres pour se retrouver dans les sépultures du bassin Parisien

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Tous ces biens sont souvent des objets particuliers (objets-signes, objets de pouvoir, parures) mais on constate aussi un vrai commerce à distance pour des objets du  quotidien. On peut citer des objets fonctionnels comme les haches Vosgiennes en pélite-quartz (150 à 200 kilomètres), les lames des minières à silex de Spiennes (Belgique), les céramiques chargées de denrées, du bétail ou encore le sel, élément indispensable au Néolithique.

La production de sel connaît un engouement à travers toute l’Europe grâce à ces qualités comme conservateur. Elle apporte une nouvelle richesse à ses exploitants et donne à une élite, les moyens d’accumuler d’autres biens, mais de prestige cette fois.

« Le Néolithique sera mystique ou ne sera pas ».

On peut détourner la célèbre phrase de Malraux pour qualifier le Néolithique comme il l’avait fait pour qualifier le 21 ème siècle.

Pour Alain Testart : « la religion est un ensemble organisé de rites et de croyances qui suppose la reconnaissance d’un principe spécifique d’efficacité qui structure sa vision du monde et en même temps donne un sens à ses rites. ». Cette définition s’applique t’elle au Néolithique ?

Si on observe les pratiques funéraires, on trouve une complexité qui traduit sans doute des pratiques religieuses, ou pour le moins des pratiques sociales. On a des incinérations, des inhumations individuelles et collectives, de véritables nécropoles, des dépôts individuels et des dépôts de fondation, des petits coffres et des tertres géants, le traitement des corps (linceul, ocre, déplacement…), des objets du quotidien comme des objets exceptionnels…

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Un autre indice est la monumentalité de certains sites.

Parmi les 700 sites de Bretagne où on retrouve des menhirs, on peut mettre en avant les alignements de Carnac avec ses 3 000 menhirs (mais on en évoque le chiffre de 10 000 à l’origine). Ces grandes files de menhirs se fondent sur la topographie du paysage et sont associées à des enceintes de menhirs, des levées de terres, et des sépultures. La plupart des interprétations se tournent vers l’astronomie pour expliquer ces monuments. Mais à une époque où le niveau de la mer montait de 25 cm. par génération, on évoque aussi des files de menhirs pour lutter contre la montée des eaux. Cette nouvelle explication se trouve renforcée par les barres de stèles trouvées au plus haut des marées de certains fleuves comme la Loire. Dans tous les cas, ces alignements sont liés à un phénomène religieux ou commémoratif.

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A la fin du 4e et pendant le 3e millénaire, les menhirs vont parfois s’organiser en monuments circulaires appelés cromlechs. En Angleterre on pense à Stonehenge mais les premiers monuments étaient composés de poteaux de bois comme celui de Woodhenge qui nous en apprend bien plus sur les religions néolithiques que les fumeuses explications astronomiques de Stonehenge.

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Basé sur l’analyse de plus de 80 000 restes osseux retrouvés sur le site, les archéologues ont déterminé l’origine géographique des animaux domestiques consommés. Ils venaient de tout le Royaume-Uni y compris de l’Ecosse et ont été abattu, le plus souvent, aux environs du solstice d’hiver. Stonehenge apparaît donc un lieu de pèlerinage où se réunissaient les habitants de l’île pour célébrer le premier jour où le soleil gagne quelques minutes et annonce des jours meilleurs pour les paysans.

On est en présence d’un « Lourdes » néolithique. Ce que confirme « l’archer d’Amesbury » enterré à deux pas du monument. Ce prince du Campaniforme découvert en 2002, a été analysé et les isotopes du strontium de son émail de dents indiquent qu’il était originaire des Alpes. Âgé entre 35 à 45 ans, il marchait en boitant fortement du coté gauche suite à un accident ancien qui lui avait déboîté sa rotule gauche et le faisait souffrir d’une infection des os. La renommée de Stonehenge dépassait les frontières.

Dernier indice de la religion néolithique, les grandes haches alpines, des objets sacrés qui circulent dans toute l’Europe entre des élites qui en contrôlent les fonctions rituelles et religieuses. Ce sont eux qui les consacrent aux Puissances surnaturelles en les enterrant dans des sanctuaires dédiés aux dieux. Ce privilège leur donne le contrôle de la marche du monde pour le bien de tous mais renforce aussi leur pouvoir sur leur communauté.

On le voit, tout ce qui fait notre monde est en germe au Néolithique : l’agriculture, les industries, l’artisanat, les progrès techniques, les villes, les élites, le luxe, la religion, la mobilité, l’échange d’informations, les luttes de pouvoir, la mondialisation… Ce monde est bien plus proche du notre que de celui des peaux de bêtes de « la Guerre du feu ».

 

 

 

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