Haches à boutons : Le mystère de l’Ouest

La « hache à bouton » est un objet typique de l’Ouest de la France. Ces haches sont systématiquement en roche tenace (en général une dolérite ou une méta-dolérite) et se caractérise par un talon particulier.

Un petit historique.

Le premier qui les a étudiées est Pitre de l’Isle en 1880 qui la décrit comme une « hache à tête », sur la base d’un corpus de 127 pièces entières. A l’époque, ces haches sont encore souvent considérées comme des objets exotiques pour beaucoup de préhistoriens car leur forme rappelle le « Mere Pounamu » des Maoris de Nouvelle-Zélande. Paul du Chatellier confirme le diagnostic de Pitre de l’Isle en 1899 en s’appuyant sur les haches de la collection Louis le Pontois.

Par la suite, c’est Marcel Baudoin qui va s’intéresser aux haches à bouton dans les années 30. Le docteur Baudoin est un préhistorien mais aussi un collectionneur qui va se focaliser sur sa Vendée d’origine. En 1937, il possède ainsi 22 haches à bouton (et 7 fragments) et revendique un ensemble « le plus important du monde entier, puisque les grands Musées de Paris, Londres et de Bretagne, ne renferment presque pas de pièces de ce genre, absolument spéciales au Bas-Poitou ».

1939 Baudoin La Hache à Bouton

A la même époque, l’autre « grand » collectionneur est le Comte de Germond qui rachète vers 1933 les haches de la collection « Paul Lepage du Bois Chevallier » dispersée en 1908, soit 10 haches à bouton complètes et 6 fragments. L’intérêt de cette collection est qu’elle s’est concentrée sur un périmètre très réduit en Vendée (autour des Sables-d’Olonne) et que son exhaustivité permet de se rendre compte de la rareté des haches à bouton. A Château-d’Olonne, on recense plus de 900 haches polies au total pour seulement 4 haches à bouton (soit 0,44%) alors qu’à Sainte-Foy, on retrouve 4 haches à boutons pour 300 haches au total (soit 1,33%).

Hache à bouton Calorguen Rennes 2

Description et Typologie.

La typologie des haches à bouton (ou plutôt des haches à « renflements proximaux » dans la définition actuelle) dépend de la forme du talon. Mais dans tous les cas, on parle de bouton lorsqu’il y a une inversion de la courbure de la hache à l’approche du talon, qu’il soit suivit ou non d’un bouton marqué.

Pitre de l’Isle distingue 3 types de talons (1880) :

  1. Talon à bourrelet « formant en coupe un angle rentrant plus ou moins accusé »
  2. Talon à carène avec un bouton dont « la crête est plus ou moins saillante »
  3. Talon à bout arrondi, sans angle mais avec « une simple dépression au-dessus de la crête »

Hache Thouars 270 mm 4

Marcel Baudoin (1937) n’est pas très éloigné avec 2 types principaux :

  1. Talon à bouton avec 2 sous-types correspondant aux « types A) B) » de Pitre de l’Isle :
    • « Bouton et gorge »
    • « Gorge, sans Bouton net »
  2. Talon à Tête en forme « de Dé-a-coudre » correspondant au « Type C) » de Pitre de l’Isle avec plusieurs sous-types :
    • Talon à section cylindrique
    • Talon à section ovalaire
    • Haches avec ou sans ébauche de gorge…

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Sur les 2 photos ci dessus : En haut un « Talon à tête » (pas de bourrelet) pour cette hache localisée à La Garnache (Vendée) et en bas un « Talon à bouton » (avec un bourrelet marqué par un très léger angle rentrant) pour cette hache localisée à Jallais (Maine et Loire). Ex Collection Marcel Baudoin.

 

Charles-Tanguy Le Roux (1999) reprend la typologie de Pitre de l’Isle en ajoutant un quatrième type : Les « quelques haches » dont le talon est à tendance conique.

220 x 66 x 43mm Sans provenance (2)

La longueur moyenne de ces haches est autour de 125 mm avec une fréquence élevée entre 95 mm et 195 mm. Aux deux bouts de l’échelle, on va retrouver une petite hache de 79 mm en Vendée mais aussi de très grandes haches comme celles de Tréflaouénan (Finistère) : 365 mm, Haute-Goulaine (Loire-Atlantique) : 351 mm et Belle-Île-en- Mer (Morbihan) : 345 mm.

Le rapport moyen Largeur / Longueur est entre 2 et 3 avec un maximum à 4,9 pour la hache de Belle-Île-en-Mer. La section est plutôt elliptique avec des bords qui peuvent être facettés. Les tranchants peuvent être arrondis ou au contraire, très peu arqués, mais dans tous les cas, il ne présente jamais d’asymétrie pouvant faire penser à un usage comme herminette. Reste à savoir quelle est la fonction de ces objets…

Hache Carnac Quéven Erdeven Inconnues

Répartition géographique, contextes et datations.

Les collections évoquées ci-dessus portent principalement sur la Vendée mais le périmètre de diffusion est plus large. Pour P-R Giot (1959) : « La dolérite du groupe A fournit la matière de toutes les haches à bouton », un constat assez partagé par C.T. Le Roux qui précise en 1999 que « sur 150 exemplaires que nous avons eu en mains, une douzaine ont été identifiées comme n’étant pas en roche de Plussulien (Côte-d’Armor)». Il faut sans doute tempérer ces deux affirmations car les recherches récentes ont cassé le mythe de Plussulien comme étant LA carrière unique des dolérite dans l’Ouest. On sait aujourd’hui que c’était une carrière parmi d’autres comme celles de Saint-Germain-le-Guillaume (Mayenne) ou encore « Le Pinacle » sur l’île de Jersey.

Une carte de répartition des haches à bouton a été réalisée par Gérard Cordier dans les années 60 sur une base complétée de celle de Pitre de l’Isle. Cette carte fait apparaître 7 zones de fortes concentrations :

  • Le Nord-Est des Côtes d’Armor (de Lamballe à Dinan)
  • Le Sud-Ouest du Finistère (pays Bigouden)
  • Le littoral Morbihannais (de Quimperlé à Sarzeau)
  • Le Nord-Ouest du Loir-et-Cher
  • Les Îles Anglo-Normandes
  • Le littoral Vendéen
  • Les Mauges et le bocage Vendéen

 

Carte Haches Bouton

La plupart de ces haches ont été retrouvées hors contexte (ramassage de surface). Mais quelques découvertes en contexte comme pour la sépulture de Bilgroix à Arzon, nous permettent de les placer dans le premier tiers du 3ème millénaire (entre -3000 et -2700 avant notre ère). On se situe donc à la transition entre Néolithique Récent et Final.

On constate enfin que certaines de ces haches peuvent se retrouver dans des dépôts enfouis sous terre avec au moins 6 cas identifiés (2 en Vendée, 2 en Loire-Atlantique, 1 dans le Finistère et 1 dépôt dans les Côtes d’Armor). Le plus spectaculaire de ces dépôts est celui de Plougastel-Daoulas (Finistère) découvert entre 2 rochers en 1906 (collection Paul du Chatellier). On y retrouve 3 haches à bouton de 258 mm, 230 mm et 213 mm qui étaient accompagnées de grandes 2 haches en silex.

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Usages et fonctions des haches à bouton.

Les stries d’usage sont rares sur les tranchants de ces haches mais c’est aussi le cas des haches « normales » en roches tenaces. Les tranchants sont souvent émoussés, ce qui valide une utilisation effective de ces haches. Quant aux tranchants obliques, ils confirment une usure suivie de réaffutages qui peu à peu modifient la forme de ces haches. On voit même des pièces très raccourcies avec une rupture de galbe très marquée mais aucune usure n’est observée du côté du talon ou du bouton que ce soit par frottement ou par percussion.

Quelques haches montrent des patines différenciées qui peuvent résulter de leur mode d’emmanchement. La hache de Belle-Île-en-Mer est piquetée sur un tiers médian alors même que les deux extrémités ont une patine plus claire.

Tout comme les haches « normales » on peut penser qu’une majorité des haches à bouton sont des objets utilitaires. Mais c’est certain que pour les exemplaires surdimensionnés, on est en présence d’objets dont la fonction n’est pas seulement utilitaire. Plusieurs auteurs, à la suite de Pitre de l’Isle, font un rapprochement avec le bourrelet de certaines gaines en bois de cerf à emmanchement transversal, voire avec des « haches de combat » en bois de cerf que l’on trouve en contexte Néolithique Récent dans le Bassin Parisien. Ces haches seraient alors assimilables à un spectre ou à un objet de pouvoir…

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Pour en savoir plus :

LE ROUX C.-T. (1999) ‒L’outillage de pierre polie en métadolérite du type A. Les ateliers de Plussulien (Côtes-d’Armor), 1999, 244 pages

http://www.persee.fr/doc/bspf_0249-7638_1937_num_34_3_5472

http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/61316/LATERREETLAVIE_1939_4_112.pdf?sequence=1

Haches MAN (2)

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